10 octobre 2018

FNC 2018 | ★★½ | Climax

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Réalisation: Gaspard Noé
Des danseuses et danseurs réunis dans un lieu clos participent à une soirée. Au programme: danse, discussions et sangria… Malheureusement, cette dernière ne comporte pas que du vin et des fruits, mais également une substance qui a pour effet d'éliminer toute inhibition. Progressivement, chacun va prendre le chemin qui va le conduire vers une soif de sexe ou de violence…
Les premières scènes sont remarquables, en raison notamment de ces acteurs / danseurs particulièrement à l’aise avec leurs corps. Le plan-séquence inaugural, ainsi qu’une séquence tournée en plongée extrême sont les grandes réussites du film. La suite (des discussions en petits groupes permettant à chacun de se dévoiler) ressemble à un passage obligé pour présenter les personnages de manière un peu laborieuse, mais nécessaire pour la suite. Malheureusement, c’est après que les choses se gâtent.
Plus la soirée avance, plus les gens perdent les pédales, et plus Noé cherche à choquer ou à déstabiliser le spectateur, avec un résultat rarement convaincant, et parfois ridicule à force de sombrer dans la facilité. Ainsi, l’enfant présent sur place va mourir de manière traumatisante et la jeune femme qui annonce attendre un enfant va se faire rouer de coups, avec bien évidemment son ventre pour cible! Ces idées ont l’effet d’un pétard mouillé, mais si cette envie de choquer le bourgeois amuse Noé, pourquoi pas! Le plus problématique n’est pas là, mais plutôt au niveau des limites (relatives) de sa mise en scène. Alors que Noé avait sous la main des acteurs capables, de par leur activité de danseurs, de jouer avec leurs corps et d’en faire ressortir de manière presque animale la bestialité destructrice ou sexuelle (ce qu'ils font un peu dans la première partie), il préfère abuser d’effets imparfaitement maîtrisés. Certes, certains moments sont troublants, dérangeants ou oppressants… mais ils sont trop peu nombreux et parfois trop bâclés, comme si Noé s’était contenté d’idées de mise en scène sans chercher à les remettre en question ou à les affiner (peut-être par manque de budget?), et surtout sans utiliser pleinement le potentiel de ses acteurs.
Au final, Climax n'est pas inintéressant, mais pas totalement abouti. Il est également gâché par les habituels défauts de son réalisateur, de l’usage de la facilité dans le désir de choquer aux messages plein écran inutiles. L’un d’eux est toutefois amusant: «Vivre est une impossibilité collective». Lorsqu’on voit à quel point Noé se regarde filmer sans se remettre en question, mais surtout sans exploiter pleinement le potentiel corporel de ses danseurs, on se dit que pour lui, c’est peut-être faire un film qui est une impossibilité collective! C’est bien dommage. Si seulement Noé avait mis un peu moins d’ego dans son trip!
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