29 mars 2019

★★★ | Une femme en guerre / Woman at War (Kona fer í stríð)

SHARE
Réalisé par Benedikt Erlingsson | Dans les salles du Québec le 29 mars 2019 (Métropole)
Une femme, professeure de chant a priori très sage, se transforme le moment venu en véritable Rambo écolo au féminin. Sa mission: débarrasser sa belle Islande des lignes à haute tension qui dénature les vastes et belles étendues peuplées uniquement de moutons.
La première force de ce petit film islandais remarqué lors du dernier festival de Cannes (Semaine de la critique) est de trouver le ton juste, entre le sérieux d'une situation personnelle (le désir de maternité, nous y reviendrons) et le comique (certes froid et absurde, mais assumé) de sa mission écologique. Dans l'air du temps, mais pas vraiment réfléchis, les actes de sabotage de pylônes électriques sont traités avec une réussite indéniable. Non seulement ils permettent au réalisateur et à son chef opérateur de sublimer la beauté de la nature islandaise, mais ils donnent aussi les passages les plus amusants du film, lorsque la professeure de chorale se transforme en véritable guerrière, prête à se camoufler dans les entrailles d'un mouton pour échapper à la vigilance de la surveillance aérienne.
Cependant, à n'exploiter que ce filon, le film se serait peut-être épuisé bien vite. L'autre versant du film (l'adoption d'une petite Ukrainienne), qui semble dans un premier temps superflu, vient finalement donner un tout autre sens au film. Ni fable féministe, ni conte écolo (épithètes de plus en plus galvaudées ; une héroïne qui détruit des pylônes ne suffit pas à faire un film écolo féministe), Une femme en guerre est avant tout une réflexion sur le manque (ici, le désir de maternité) qui peut pousser à se réfugier dans une illusion (ici, un militantisme assez vain). Le constat de cette tragi-comédie est d'ailleurs plutôt amer. Entre un activisme dont la pertinence peu laisser perplexe et une soif de conformisme (on imagine en effet qu'une fois devenue mère, elle arrêtera de jouer les Rambettesson*), existe-il une troisième voie? En ce qui concerne notre héroïne, nous avons quelques doutes. C'est peut-être pour cela qu'elle est si attachante, tiraillée entre son besoin de conformisme et son désir de rébellion... C'est probablement d'ailleurs en cela que son personnage touche à l'universel. 

* forme féminisée et islandisée de Rambo. À prononcer comme il se doit... cela va sans dire!
SHARE