Entretien avec Isabelle Blais

17 avril 2011

Nous avons eu le grand plaisir de rencontrer Isabelle Blais à quelques jours de la sortie de The High Cost of Living, le premier long métrage réalisé par Deborah Chow. Dans l'entretien publié par Ondacorta.ca, elle nous parle de son rapport avec son personnage, des réalisatrices, du type de rôles qu'on lui confie généralement.
Cinéfilic vous propose une version un peu plus complète de cet entretien (avec une question bonus concernant Claudine Sauvé, la chef opératrice du film):

Pourriez-vous nous présenter le personnage de Nathalie, que vous interprétez dans The High Cost of Living?
Nathalie est une jeune femme qui attend son premier enfant. Elle vient d’un milieu assez BCBG. Elle et son partenaire, ce sont des gens à l’aise, carriéristes. Suite à un accident dont elle est victime, elle perd son bébé. C’est comme si tout son monde s’effondrait, et elle rencontre le personnage de Henry, qui est le responsable de l’accident (mais elle n’est pas au courant) et qui veut se racheter. Se développe alors une amitié entre ces deux personnages. Sans trop en dire, c’est vraiment l’histoire de ce voyage qu’elle fait, de sa petite vie rangée à une vie de bohème avec ce gars qu’elle rencontre.

Elle perd son bébé, mais en plus, elle le garde en elle mort pendant plusieurs jours. Ce qui est quand même une situation assez terrible. Vous avez accouché quelques mois avant le tournage… quand avez-vous pris connaissance du scénario? Et l’avez-vous accepté facilement?
Je l’ai lu le avant mon accouchement. Deborah [Chow] m’a contacté, j’ai lu le scénario, j’ai eu un coup de cœur pour plusieurs raisons, pour le défi que ça représentait pour une actrice, mais aussi le fait que ce soit en anglais, en français, que ça montre des aspects de Montréal qu’on ne voit pas souvent, les prémices, l’histoire, le drame, le non-dit du scénario… j’adorais. Ça a été facile d’embarquer parce que je trouvais que l’écriture était très habile, subtile… et tout de suite, ça m’a touchée. J’ai embarqué dans le projet, mais les délais font que le financement est long, et entre temps je suis tombé enceinte et j’ai accouché. Et là, on a su qu’on avait l’argent, et donc, un an après, j’ai commencé à tourner. C’était facile à accepter, mais c’est vrai que c’est un scénario terrible… tu ne veux pas penser à ça quand tu es enceinte, c’est sûr. Bien que tu y penses quand même, tu imagines tous les scénarios possibles. En fait, si on avait eu l’argent plus tôt, je l’aurais probablement fait  enceinte. Sur le coup j’étais partante, mais finalement je suis contente que ça ait été retardé… mon petit garçon est en santé, tout va bien et c’était plus facile de me plonger dans un scénario comme celui-là.

Pendant le tournage, avez-vous repensé à votre situation de femme enceinte. N’était-ce pas un peu troublant?
Oui, d’une certaine façon… cela ne faisait pas longtemps que je venais de vivre une grossesse. À certains niveaux, ça a été bien, ça m’a aidé car techniquement, c’était très frais dans ma mémoire : comment on se comporte, comment on marche, comment on s’assoit avec une grosse bedaine (et avec son poids). Émotionnellement aussi, ça m’a nourri parce que ça rendait les choses beaucoup plus vivid, beaucoup plus à fleur de peau, beaucoup plus sensibles. Donc l’émotion venait plus facilement et instantanément dès que je pensais à mon enfant, à ce qui pouvait lui arriver. La fibre maternelle était allumée en moi… ça m’a nourri, c’est certain.

Un autre film que vous avez tourné a dû être assez troublant également, c’est Borderline. Dans les deux cas, ce sont des films réalisés par des femmes. Est-ce un hasard?
C’est un hasard, c’est arrivé comme ça… mais en même temps, c’est vraiment agréable aussi car c’est une autre approche bien souvent. Quoi qu’en même temps, je pense qu’il y a autant d’approches qu’il y a de réalisateurs, ça dépend du caractère de la personne. C’est peut-être plus au niveau de l’écriture… il y a une sensibilité puis une subtilité qu’on peut peut-être plus trouver féminine. Le scénario de Deborah est d’une finesse et d’une subtilité dans l’émotion qui est typiquement féminine… je ne dis pas qu’un homme ne peut pas faire ça, mais l’approche est plus féminine.

Et la directrice photo [Claudine Sauvé], que vous connaissiez, est une femme aussi…
Oui, exactement, je la connaissais bien. Peut-être que sa sensibilité, sa façon de capter l’image va être différente, mais c’est dur à dire, c’est plus technique… mais en même temps, il faut une approche dans l’image. Elle en a une, qu’elle possède elle… qui est unique.

Vous jouez souvent des rôles de femmes sages, fragiles, ou victimes des événements. Vos personnages ont un peu une image… n’avez-vous pas un peu envie de casser cette image?
Quel type d’image?

Sage, fragile, victime…
(dubitative)

Par exemple, avec Caïman fu, vous proposez quelque chose de très différent…
(rire)

comme si…
C’est vrai, c’est vrai… en même temps, ça dépend des scénarios, mais oui, effectivement! Au début, non : Un crabe dans la tête, Québec-Montréal, ce sont des filles fortes, à la limite froides. Mais c’est vrai que oui! Ce qui est agréable de jouer pour une actrice, c’est les failles des personnages, ce qui fait leur couleur, c’est ça que je trouve intéressant. Après je recherche toujours des personnages différents!

Une tueuse en série par exemple?
Oui, ça serait fantastique! Une vraie méchante, j’adorerais ça… les méchantes, les bitches finies, j’adorerais ça! (…)

Entretien réalisé par Jean-Marie Lanlo le 12 avril 2011 à Montréal
 

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