Entretien avec Ariane Lacombe

24 mai 2011

Opasatica, court métrage fort remarqué d’Éric Morin, a donné l’occasion aux cinéphiles que nous sommes de découvrir une jeune actrice, que nous retrouverons probablement très vite dans de nombreux longs-métrages. Nous avons eu envie de la rencontrer :


Ariane Lacombe, vous êtes une jeune comédienne. Opasatica est votre troisième court métrage, on vous a vu aussi au théâtre, notamment dans Noces de Sang en automne dernier au théâtre Prospero… pourriez-vous nous en dire un peu plus sur vous?
J’ai terminé l’école de théâtre il y aura trois ans en mai, et en sortant de l’école, j’ai fondé ma compagnie de théâtre qui s’appelle le théâtre Point d’orgue. C’était important pour moi de fonder quelque chose pour pouvoir faire mes propres projets, explorer un peu plus (…). On a donc fait une première production en Octobre 2009, une adaptation des Troyennes d’Euripide par Jean-Paul Sartre. On a joué aux Bains St-Michel, un ancien bain désaffecté. Ça a été une super belle entrée en matière. Nous étions dans une équipe d’une quinzaine de filles, avec Catherine Bégin comme personnage principal, qui est quand même un pilier du Théâtre au Québec. Cette expérience a donné un coup d’envoi à notre compagnie, mais aussi à nous, qui sortions de l’école et qui essayions de faire nos marques. Après ça, j’ai un peu oscillé là dedans, en faisant des petits projets, des troisièmes rôles à la télé… Et en ce moment, je travaille à deux productions avec ma compagnie, et à une autre production avec une autre compagnie de théâtre. On va jouer au Prospero, au théâtre La Chapelle, et on va aussi faire une adaptation de tragédie, Les atrides, qu’on va jouer à l’église Saint-Jean-Baptiste, rue Rachel.

Et Opasatica?
C’est ma première vraie expérience cinématographique. J’ai fait deux autres courts métrages avant, mais c’était plus les balbutiements de certains réalisateurs. Avec Éric [Morin, le réalisateur d’Opasatica], ça a été un peu un coup de tête. Il avait envie de faire un long-métrage depuis un bout de temps, mais il n’arrivait pas à mettre ses idées en ordre, et il faisait un peu la navette entre l’Abitibi et Montréal (les deux, nous venons de l’Abitibi). Il s’interroge beaucoup sur « pourquoi partir d’une région? », « Pourquoi rester? », « Pourquoi est-on déchiré entre deux lieux? ». Il a ressenti le besoin de faire une exploration avant de se lancer dans son long métrage. Nous nous sommes parlés deux ou trois fois, et de la première rencontre au tournage, il s’est écoulé à peu près un mois. On a décidé d’embarquer une petite équipe dans une van, on est partis pour l’Abitibi deux jours, et on a tourné un court.

Et comment vous vous êtes rencontrés? Pourquoi vous a-t-il choisie?
On se connaît depuis longtemps. Il sait que je suis comédienne, je sais qu’il est réalisateur, on vient du même lieu, on a des amis communs, on est amis… et un soir, il arrivait d’Abitibi, il pensait à son court métrage, et on s’est croisés. J’avais mon immense anorak avec mon col de fourrure, comme dans le court métrage… on a parlé un peu, et le lendemain, il m’a appelé pour me demander si je parlais espagnol. Je lui ai dit que je pouvais me débrouiller, que je l’avais appris à l’école, mais je ne parle pas « vraiment » espagnol. Il m’a dit « pense-y, je te rappelle la semaine prochaine, j’ai peut-être une idée pour un film. Es-tu disponible de telle date à telle date? » On se rappelle, on se rencontre, et il a quelques idées sur la construction de son histoire… un huis clos amoureux entre une espagnole et un abitibien. Il ne voulait pas vraiment savoir pourquoi elle était là, pourquoi elle partait, mais il voulait qu’on s’interroge sur les raisons qui poussent à partir ou à rester quand on est dans un autre lieu, une autre ville. On s’est assis, on a construit les tableaux, et un mois après, nous tournions…

Donc vous avez écrit ensemble? Comment s’est passé le travail d’écriture?
Éric avait déjà des idées. Il avait parlé déjà avec Alexandre [Castonguay], qui fait l’Abitibien. Ils avaient lancé des idées de scènes qui pouvaient se dérouler en Abitibi. (…) Comme les personnages ne parlent pas la même langue, c’était plus un film de sensations que de dialogues. On a décidé de faire comme des présentations de tableaux. Au lieu d’y avoir un dialogue entre le couple, des présentations allaient donner le ton et la montée dramatique à l’histoire. Au début il y a une sorte d’enjouement… et à la fin des questionnements sur le départ. (…) On a basé les tableaux sur des émotions, puis on a créé des titres pour les accompagner.

Le texte de présentation de chaque tableau (en espagnol) est lu… ce n’est pas vous qui les lisez?
À la base, c’était moi.

Parce qu’il y a un bel accent espagnol…
Oui… je les ai travaillés, mais j’ai eu deux semaines! Je les ai travaillés avec une amie… et Louis-Philippe Blain (qui est caméraman et directeur photo sur le film et a vécu longtemps à Madrid). Il été là pour me reprendre si ma prononciation n’était pas adéquate. Après avoir monté le film, Éric l’a montré à un ami à lui qui est espagnol. Il lui a dit que ça fonctionnait très bien… mais que s’il voulait le montrer à l’international, des gens reconnaîtraient que ce n’est pas le bon accent. (…) Comme Éric voulait que le film voyage, on s’est  posé la question ensemble pour savoir s’il fallait doubler ou non. Dans les scènes, à deux ou trois reprises, je parle… et c’est moi. Mais dans les présentations des scènes, c’est Sarah Desjeunes qui est comédienne, qui fait de la voix, et qui a des origines madrilènes. La décision a donc été prise après… peut-être une semaine avant que le film soit présenté. Mais ça ne m’enlève rien, j’ai fait le travail que j’avais à faire, et c’était comme un travail d’équipe.

Et pour votre expérience de comédienne, ça vous a apporté beaucoup? Car c’est assez particulier, il y a beaucoup de gros plans sur votre visage. C’est complémentaire du théâtre?
Oui, c’est complémentaire. Je n’avais pas beaucoup d’expérience en cinéma, et ça a vraiment ouvert une porte sur l’aspect subtilité(...). Ça permet de trouver une autre voie, d’aller dans la douceur, dans l’intimité, dans le micro mouvement, le macro mouvement…

Le mouvement immobile…
Oui, c’est ça… ce qui fait ressentir une émotion précise sans en faire trop. Pour moi c’était un peu comme un terrain de jeu, et en même temps, il y avait une part de stress d’y arriver car je n’avais aucun dialogue… il faut arriver à transmettre quelque chose sans trop en faire.

Opasatica est un court métrage qui a été déjà beaucoup diffusé. Est-ce qu'un tel film peut permettre à une jeune comédienne de se faire connaître dans le milieu?
Je ne sais pas encore. (…) Le film va continuer à tourner, et je vais m'en servir comme carte de visite. (...) Le fait d'aller à Cannes...

Le film va à Cannes?
Il n'est pas en compétition, mais il est en sélection par Téléfilm Canada, donc il va être présenté au marché du film de Cannes. Ce n'est pas la compétition, mais c'est Cannes, c'est des rencontres avec des réalisateurs, c'est une vitrine, c'est le moment d'aller cogner à des portes…

Pour finir, je voudrais revenir au film, et au chef opérateur (également cadreur), Louis-Philippe Blain. Il connaissait le réalisateur, mais vous, le connaissiez-vous, parce que...
Non, pas du tout, je ne connaissais pas Louis-Philippe. (...) Mais il m'a aidée. Comme j'ai peu d'expérience, il a été très attentif à toujours m'expliquer la lumière, le cadre, et je pense que ça m'a donné une expérience folle de travailler en harmonie avec le directeur photo. Ça permet de jouer moins, et de donner directement ce que la caméra veut.

Vous parliez tout à l'heure de la volonté de faire un long métrage de la part d'Éric Morin. Vous y participerez? (Avec le même directeur photo si possible... c'est un trio qui fonctionne bien!)
Oui, c'est une très belle équipe! Éric vient de déposer son long métrage. Il est à la SODEC, on attend les réponses (...). 

Entretien réalisé à Montréal par Jean-Marie Lanlo le 3 mai 2011
 

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