Dark Shadows (Ombres et Ténèbres) ***½

11 mai 2012

À la fin du 18e siècle, dans le Maine, Barnabas Collins (Johnny Depp) règne sur la ville de Collinsport jusqu’au moment où Angelique Bouchard (Eva Green) lui jette un double sort terrible qui pousse sa fiancée à se jeter du haut d’une falaise et qui le transforme en vampire.
En 1972, un gros chantier fait ressurgir le cercueil qui le retenait captif. Barnabas découvre alors un monde qu’il ne reconnaît plus, constate la ruine de sa famille, fait la connaissance de Victoria Winters qui ressemble étrangement à son amour d’antan (Bella Heathcote, magnifique) et retrouve sur sa route Angelique Bouchard.

Réalisateur: Tim Burton | Dans les salles du Québec le 11 mai 2012 (Warner Bros. Canada)

Ce qui frappe d’emblée à la découverte du dernier film de Tim Burton, c’est la beauté prodigieuse de la photo de Bruno Delbonnel. Le chef opérateur français, après avoir travaillé avec Sokourov l’an dernier, et avant de signer la photo du prochain film des frères Coen, livre ici une image remarquable qui convient à merveille à l’univers de Tim Burton. Les décors de bord de mer splendides (l’arbre isolé au bout de la falaise) associés au travail de Delbonnel, parviennent à restituer une ambiance qui semble venir tout droit d’un roman fantastique anglais de la fin du XIXe (cette touche d’Angleterre est idéale pour donner vie à Collinsport... n’oublions pas que Barnabas Collins est né en Angleterre, et sa famille actuelle continue à vivre en dehors du temps dans son antique demeure). À côté de cela, Burton et son équipe parviennent à recréer une petite ville de pêche typiquement américaine et très réaliste où se côtoient encore une fois l’Amérique d’hier (les pêcheurs qui semblent évoluer dans un univers hors du temps) et d’aujourd’hui (en l'occurrence, des années 70, cependant jamais traité de manière trop caricaturale, comme c’est souvent le cas).
Au-delà de cet aspect graphique parfaitement réussi, les effets spéciaux ne sont pas non plus en reste: les apparitions fantomatico-aquatiques de l’ancien amour de Barnabas sont d’une beauté à couper le souffle, et le travail sur la dégradation de la peau de la sorcière Angelique Bouchard est sublime et parvient à donner un sens a posteriori à son aspect presque irréel de femme d’affaires moderne et conquérante au physique de poupée de porcelaine. Pour l’interpréter, Eva Green est impeccable, comme l’est le reste de la distribution, il est vrai au service de personnages au fort potentiel. Le vampire, pris entre la recherche de son amour passé et la volonté de redonner du lustre à sa demeure, est une belle réussite, parfaitement interprété par un Johnny Depp qui évite ici (enfin!) de trop en faire. Mais le plus beau personnage du film, à la fois discret et mystérieux, est probablement Victoria Winters (Bella Heathcote) dont le visage anachronique est délicatement sublimé par la photo de Bruno Delbonnel. On regrette cependant qu’il ne soit pas plus développé, que sa souffrance et sa pseudo-folie soient trop passées sous silence. Ce n’est malheureusement pas le seul reproche que nous ferons au film.
Malgré les nombreuses qualités évoquées, le film comporte en effet quelques faiblesses, la principale étant peut être de ne pas assumer ce qu’il aurait dû être: un improbable mélo fantastique dans lequel l’amour finit par triompher de la mort. Burton a préféré fuir le mélo en parsemant l’ensemble de moments comiques qui nuisent à l’émergence d’une ambiance plus sombre qui aurait peut-être été plus en phase avec son sujet (même si, avouons-le, la scène de sexe entre le vampire et la sorcière est un clin d’oeil particulièrement réjouissant au dernier Twilight). En optant pour la comédie, Burton en oublie de se pencher sur les aspects particulièrement intéressants qu’il se contente d’effleurer (les relations familiales; la découverte d’un nouveau monde, traité de manière trop caricaturale; le personnage de Victoria Winters, répétons-le, qui avait tout pour être passionnant).
Mais si ce choix de la comédie bon-enfant et les faiblesses du scénario laissent un petit goût amer, espérons que pour vous aussi, les nombreuses qualités finiront par prendre le dessus. Elles méritent en effet d`être pleinement appréciées.
 

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