Cloclo **

29 juin 2012

De sa naissance en Égypte à son électrocution près de 40 ans plus tard, Cloclo revient sur la vie et l’oeuvre de Claude François (Jérémie Renier), une des figures marquantes de la variété françaises des années 70.

Réalisateur: Florent-Emilio Siri | Dans les salles du Québec le 29 juin 2012 (Les Films Séville)

À une époque ou le d’après des faits réel est un élément marketing considérable, la biographie filmée est devenue une manne pour les créateurs (et bien évidemment, si la personne concernée a connu des épreuves difficiles avant de devenir très célèbre, si la célébrité est la conséquence de ces difficultés, et si la personne en question est morte jeune et dans des conditions tragiques, c’est encore mieux). La France n’ayant pas eu de James Dean, Claude François était un sujet parfait pour une nouvelle biographie filmée. Il faut d’ailleurs reconnaitre que le sujet est passionnant. En plus des éléments majeurs déjà mentionnés, nous devons ajouter une personnalité idéale pour le genre : une ambition mégalomaniaque, un besoin presque vital d’être vénéré, une jalousie maladive (associée à une infidélité chronique) et une maniaquerie obsessionnelle (qui deviendra mortelle). Mais pour convaincre, de tels ingrédients narratifs doivent former un tout cohérent, ce qui n’est ici pas le cas. Cloclo se contente en effet d’être une suite d'évènements marquants se succédant sans conviction, tout en prenant bien soin d’insister lourdement sur la personnalité du chanteur (au moins un trait de caractère doublement surligné par scène). À l’arrivée, le portrait de la vedette finit par ressembler à un tout assez indigeste, qui ressemble à un résumé du type Cloclo pour les nuls et (plus grave) qui a pour conséquence de réduire le chanteur à une caricature de lui-même. À force de traiter avec trop d’excès un personnage déjà excessif, Florent-Emilio Siri annihile toute pertinence à son propos.
Si Cloclo est bien un petit résumé de la vie du chanteur, il ne parvient jamais à être ce que l’on est en droit d’attendre de ce genre de film: le portrait d'un homme (en clair, Cloclo n’est pas Gainsbourg (vie héroïque), loin s’en faut). Le principal mérite du film aura été de permettre à Jérémie Renier de s’amuser à danser comme Claude François, tout en donnant au réalisateur le plaisir d’(ab)user de petits effets de mises en scènes souvent vides de sens ou trop appuyés, à l’exception notable cependant d’un plan séquence plutôt réussi: celui qui voit Cloclo sortir de chez lui, monter dans sa voiture entourée de ses fans et se diriger vers son bureau où l’attendent d’autres fans. Au delà de l’intérêt technique de ce plan, c’est aussi un des rares moments où Florent-Emilio Siri parvient à nous en dire sur l’homme sans avoir recours à des gestes ou des dialogues trop appuyés. Le reste du temps, soit il se regarde filmer, soit il nous met sous le nez de manière trop ostensible la maniaquerie et la soif d’amour de Cloclo. Mais à force d’avoir en permanence trop de choses sous le nez, le spectateur n’y porte plus attention... à moins qu’il ne finisse par avoir la nausée!
La personnalité passionnante de Claude François permet cependant aux 2h29 de film de se laisser regarder sans trop d’ennui... il est par contre dommage que le traitement est été si grossier. Jérémie Renier aurait probablement mérité que l’on traite son personnage avec plus de finesse!
 

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