J’espère que tu vas bien **

29 juin 2012

Le jour de Pâques, dans le quartier Montréalais du Plateau, une comédienne (Marie-Chantal Perron) rencontre par hasard un ami de longue date (David La Haye), ancien comédien devenu itinérant depuis qu’une commotion cérébrale lui a fait perdre sa mémoire à court terme, le laissant donc dans l’incapacité de retenir ses textes.

Réalisateurs: David La Haye et Jay Tremblay | Dans les salles du Québec le 29 juin 2012 (Cinéma Excentris)


Ce n’est un secret pour personne... et c’est même l’argument marketing numéro 1: J’espère que tu vas bien est une improvisation de près d’une heure trente tournée en un plan séquence dans les rues de Montréal. Le problème est que ce qui aurait dû être un moyen n'est en réalité qu'un fin!.
Depuis John Cassavetes jusqu’au québécois Patrick Demers, l’improvisation a permis à certaines scènes (voire à certains films) d’être traversés d’un supplément de naturel et de vérité. Mais pour cela, il faut soit que les acteurs et leurs personnages se confondent (rendant ainsi poreuse la barrière qui sépare la fiction du réel), soit une préparation en amont afin de donner une existence aux personnages (lire à ce sujet notre entrevue avec Patrick Demers à propos de Jaloux, thriller québécois basé sur l’improvisation). Ici, au contraire, nous ne voyons jamais autre chose que deux acteurs s’inventant laborieusement une histoire en essayant vaguement de respecter un plan de match sommairement défini. À l’arrivée, le côté improvisé de J’espère que tu vas bien ne nous donne pas l’impression d’assister à un moment de réel, mais à un exercice d’acteur peu concluant.
L’autre élément important du film est le plan séquence. Là encore, cela pose problème. Cette technique a principalement deux buts. Le premier est de permettre à un réalisateur et à son équipe de se faire plaisir en réussissant un exercice complexe demandant des heures et des heures de préparation (qui fera par la même occasion plaisir au cinéphile averti). Le second, lorsqu’il parvient à s’éloigner du pur exercice de style, est de jouer un rôle narratif en conférant aux images et aux situations vécues sur l’écran un sens nouveau (il est clair que Le cheval de Turin aurait eu moins d’impact s’il avait été constitué d’une succession de plans de dix secondes). La encore, David La Haye et Jay Tremblay passent complètement à côté. Leur plan séquence n’apporte rien au film (au contraire, des coupes auraient permis d’éliminer les ratages et d’améliorer l’ensemble) ni à leur ego de metteur en scène (quelle mise en scène?).
Pourtant, étrangement, le tout n’est pas si désagréable, en tout cas pour un Montréalais. La langue, les références, les lieux et le côté totalement amateur et bâclé de la chose finissent par nous donner l’impression de voir un film réalisé par des amis s’improvisant cinéastes. Cela nous donne envie de regarder ce petit film avec complaisance, en s’amusant, sans vouloir trop nous moquer de cet humour un peu vaseux ou des pataugeages des comédiens… ce que nous faisons finalement avec un certain plaisir.
 

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