Michael ****

20 juillet 2012

Michael (Michael Fuith), 35 ans, a tout d’un célibataire sans histoires. Pourtant, il héberge dans son sous-sol un garçon de 10 ans (David Rauchenberger) avec qui il a des pratiques sexuelles régulières.

Réalisateur : Markus Schleinzer | Dans les salles du Québec le 20 juillet 2012 (K-Films Amérique)

Pour son premier film, Markus Schleinzer s’appuie sur une mise en scène précise et extrêmement méticuleuse. Le cadre est toujours parfaitement choisi et chaque plan semble durer le temps qu’il faut… à tel point qu’on pourrait presque trouver l’ensemble trop appliqué, trop prévisible. En réalité, le travail de Markus Schleinzer ressemble comme deux gouttes d’eau à Michael, 35 ans, célibataire a priori sans histoires et à l’appartement bien propre et bien rangé. Pourtant, Michael cache dans son sous-sol un enfant avec qui il a des rapports sexuels. La force de Markus Schleinzer est justement de nous montrer cette partie cachée de la vie de son héros de la même manière que sa platitude: de manière froide, neutre, sans surprises, comme si garder captif un enfant n’avait pas plus de signification que préparer à manger ou aller travailler. Comme il refuse de nous montrer les actes répréhensibles, il évite autant le piège du voyeurisme ou de la provocation facile que celui du sentimentalisme (pas de larmes, pas de violence). Michael n’est pas un marginal, n’a pas souffert dans son enfance, semble être issu d’une famille aimante... il n’a rien d’un monstre mais est plutôt un voisin poli, un collègue peut loquace mais apprécié, un ami avec qui partir en vacances… et même un geôlier qui amène son jeune prisonnier à la campagne ou qui n’abuse pas de lui lorsqu’il se sent malade. En réussissant à jongler en permanence entre cette (sur)normalité, ce comportement monstrueux et une forme de compassion du bourreau pour la victime, Markus Schleinzer se fait observateur détaché, refuse de juger, de condamner, d’expliquer, de simplifier. En refusant la surenchère, il s’éloigne à la fois des excès qu’auraient pu faire naître des scénaristes appliquant consciencieusement des petites recettes faites pour émouvoir, et de l’improbabilité d’un fait divers trop horrible pour être autre chose qu’une histoire de cinéma. Il préfère noyer l’horreur derrière un vernis de banalité. Elle n’en devient que plus terrifiante!
 

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