Faust ****

21 septembre 2012

Alexandre Sokourov s’inspire librement de Goethe pour donner vie à Faust (Johannes Zeiler)

Réalisateur: Alexandre Sokourov | Dans les salles du Québec le 21 septembre 2012 (Funfilm Distribution)

À l’occasion du dernier film de sa tétralogie sur la nature du pouvoir, Alexandre Sokourov ne s’inspire plus d’une personne ayant existé (après Hitler, Lénine et Hiro Hito), mais d’un personnage de fiction, à qui il décide de donner vie. L’exercice aurait pu être périlleux, mais le réalisateur russe s’en sort à merveille en raison de son indéniable talent de formaliste, particulièrement impressionnant dans ce Faust, véritable bouquet final de la tétralogie.
Son film lent et long (2h20) parvient à nous entraîner à la manière d’une danse sans fin. Les personnages sont presque en mouvement perpétuel, et lorsqu’ils ne le sont pas, c’est la mobilité savamment orchestrée de la caméra qui prend le relais, à moins que cela ne soit la musique, les sons environnants (très présents et magnifiquement orchestrés), voire la langue allemande, magnifique même pour un non germanophile... le tout semblant accompagner inexorablement Faust vers son destin. Sokourov, aidé de son directeur photo Bruno Delbonnel (Amélie Poulain, Dark Shadows), nous livre également des images sublimes, en se permettant même des effets très risqués (déformation d’image, incohérence graphique de deux plans se succédant au sein de la même scène) mais toujours appropriés. Tantôt irréelle, tantôt réaliste, passant régulièrement de l’un à l’autre sans prévenir, l’image contribue à rendre incertaines les frontières qui séparent le réel du surnaturel, et à accentuer la dichotomie de l'homme, à la fois penseur cérébral et esclave de ses pulsions.
À y regarder de près, on se dit cependant que ce scénario, filmé par un cinéaste normal, aurait pu sembler un peu brouillon, confus, longuet. Mais voilà, Sokourov n’est pas un cinéaste normal... et comme il était en très grande forme en réalisant ce Faust, non seulement le résultat ne ressemble qu’à lui même, mais sa singularité est tout simplement renversante!
 
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