Lincoln **½

16 novembre 2012

En 1865, le Président américain Abraham Lincoln (Daniel Day-Lewis) cherche à mettre un terme à la guerre civile et à abolir l’esclavage en essayant de convaincre les membres du Congrès de voter un amendement spécial.

Réalisateur : Steven Spielberg | Dans les salles du Québec le 16 novembre 2012 (20th Century Fox)

Regarder la bande-annonce de Lincoln fait mal aux yeux et aux oreilles. Pas un autre film grandiloquent de Steven Spielberg avec la musique sirupeuse de John Williams? N’avaient-ils pas déjà donné l’an dernier avec le surestimé War Horse?
Oui et non. S’il est vrai que le nouveau long métrage du roi du divertissement américain est naïf, moralisateur, enclin aux bons sentiments et à la facilité historique (qui a dit comme d’habitude?), il surprend par sa sobriété. Après une introduction survoltée qui n’est là que pour aller chercher le public de Saving Private Ryan, avide de violence et de sensations fortes, le père de Schindler’s List calme rapidement le jeu. Il préfère s’intéresser aux manèges de coulisses et de manipulation, de moustachus qui ne font que tergiverser et de sous-entendus politiques qui rappellent la Commission Charbonneau.
Cette décision permet à Spielberg de surprendre. Il n’offre pas seulement un biopic de son président préféré, mais il cerne un passage clé de l’Histoire pour parler – très peu subtilement, il faut l’avouer – de l’Amérique : de ses espoirs, de racisme, du potentiel de l’être humain et de sa propension à instaurer le sens commun. De quoi renvoyer par la bande aux combats titanesques d’Obama pour instaurer un régime de santé.
Ce choix s’opère pourtant difficilement. Il faut avouer que le scénario de Tony Kushner (Munich) au dénouement expédié à la vitesse de l’éclair n’est pas toujours clair et limpide. Le verbe est roi et entre la fascination et l’ennui total, il y a une fine ligne qui est facilement franchie. La mise en scène sage et routinière ne prend aucun risque, les personnages se multiplient au passage en demeurant souvent dans l’anecdote, et la sphère publique est sacrifiée pour mettre à l’avant-scène la sphère privée, d’une inutilité exemplaire.
On sent cependant que le cinéaste se force pour ne pas perdre complètement son spectateur, en proposant par exemple de l’humour inattendu qui agit comme une oasis salvatrice. Il fait l’effort de calmer les ardeurs du très bon Daniel Day-Lewis, qui se fait cependant toujours voler la vedette par Tommy Lee Jones. Est-ce que ce sera suffisant pour palier à la mauvaise exploitation d’une superbe distribution, ou pour faire oublier ces 150 minutes qui avancent à la vitesse d’un escargot (en contrepartie, les quatre heures du Hamlet de Kenneth Branagh ressemblent à un vidéoclip)? Rien n’est moins sûr. Peut-être que les Oscars seront touchés (et encore, le manque d’émotion est flagrant) par ce portrait verbeux et extrêmement académique. Mais pour mieux cerner cet important personnage historique, mieux vaut revoir le classique Young Mr. Lincoln de John Ford.
 

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