De rouille et d'os ****

14 décembre 2012

Ali (Matthias Schoenaerts), paumé, mal dans sa peau, sans logement et père maladroit d’un enfant de cinq ans, se fait héberger par sa soeur dans le sud de la France. Il devient vite videur de boîte de nuit et y rencontre Stéphanie (Marion Cotillard), une cliente impliquée dans une bagarre. Elle est belle et sûre d’elle, avant qu'un terrible accident lui fasse perdre ses jambes. Stéphanie et Ali vont se revoir et essayer de s’apprivoiser.

Réalisateur: Jaques Audiard | Dans les salles du Québec le 14 décembre 2012 (Métropole Films Distribution)

Dès les premières images, la présence brute et quasi animale de Matthias Schoenaerts impressionne. Jacques Audiard l’installe dans un environnement incongru (la côte d’azur, qui offre un contraste intéressant avec la situation sociale difficile du héros) et le confronte à ses proches (son fils, sa soeur, son beau-frère) avec une telle finesse d’observation et une telle justesse dans la direction d’acteurs qu’il nous propulse en quelques plans dans une réalité et nous en fait découvrir les protagonistes avec une économie de dialogues impressionnante.
C’est d’ailleurs probablement ce double refus de dialogues trop explicatifs et d’effets de mises en scènes qui permet à De rouille et d’os, malgré son statut de mélo assumé dans lequel les situations peu courantes se multiplient, de tenir debout en restant toujours crédible. Le récit se déroule de manière limpide et les évènements s'enchaînent le plus naturellement du monde en approfondissant sans calcul scénaristique trop évident notre connaissance des personnages qui finissent par porter le film.
De rouille et d’os est donc le film d’un metteur en scène extrêmement talentueux qui refuse de tirer la couverture à lui pour permettre à une femme (d’abord incapable d’aimer tant son désir de séduire est grand et lui donne une fausse idée de sa liberté) et à un homme (également incapable d’aimer autrement que de manière animale, que cela soit les femmes ou son enfant) de prendre vie sous nos yeux et de comprendre ce que l’amour veut dire.
Refuser systématiquement toute attache ne revient-il pas à opter pour une illusion de liberté? Sous des airs de mélo (allant cependant un peu trop loin vers la fin, qui empêche probablement le film de flirter avec un *****), Jacques Audiard nous questionne sur l’amour et nous livre par la même occasion un film sensible, intelligent... et à n’en pas douter une œuvre maîtresse dans sa filmographie pourtant impressionnante!
 

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