Zero Dark Thirty (Opération avant l'aube) ****

11 janvier 2013

Maya (Jessica Chastain), membre de la CIA, est envoyée au Pakistan dans le but de retrouver la trace d’Oussama Ben Laden.

Réalisatrice: Kathryn Bigelow | Dans les salles du Québec le 11 janvier 2013 (Alliance Vivafilm)

La multiplication des “d’après une histoire vraie” le confirme semaine après semaine: le cinéma actuel cherche de manière croissante à se rapprocher au plus près d'événements réels. Si la plupart des films ne font que s’inspirer d’histoires "vraies" pour les transformer en fictions formatées, la recherche de la vérité factuelle est plus rare, car plus délicate, pour ne pas dire carrément casse-gueule! Dans le cas de Zero Dark Thirty, la volonté affichée de Kathryn Bigelow est d’autant plus improbable que le sujet s’y prête peu. Si la recherche de la vérité concernant un fait mineur est incertaine (plusieurs témoins d’un même événements ayant souvent des avis divergeants), comment être sûr de faits touchant des services secrets (et d’ailleurs, les agissements de tels services ne devraient-ils pas rester secrets, à moins qu’on les fasse passer pour fictionnels? Mais il s’agit d’un autre débat).
Très vite, et malgré la communication faite autour du film ou les polémiques concernant la torture, nous sommes rassurés: Kathryn Bigelow passe son histoire à la moulinette fictionnelle en donnant notamment une fonction identificatrice pour le spectateur au personnage principal. À partir de ce moment, nous ne percevons plus le film comme une docu-fiction (à la United 93, par ailleurs excellent, qui enchaînait les faits en évitant le plus possible de pénétrer dans l’intimité des protagonistes) mais comme une adaptation d’un fait réel en “vraie” œuvre de fiction. En agissant ainsi, quel que soit l’indispensable travail d’enquête réalisé, le film devient l’interprétation par Kathryn Bigelow d’un événement réel, et il serait aberrant de lui contester telle ou telle proposition narrative indispensable à l’enrichissement de l’intrigue (à partir du moment où celles-ci semblent plausibles).
Il devient ainsi ridicule de lui reprocher l’usage de scènes de torture, d’autant plus qu’elle n’en fait à aucun moment l'apologie (au contraire, la capture de Ben Laden est plus le résultat de l’association d’un travail de renseignement classique et d’usage de technologies d’espionnage moderne). Kathryn Bigelow a également l’intelligence de se refuser à tout autre prise de position ou toute volonté d’héroïsation de ses personnages.
Chacun cherche à faire son boulot le plus efficacement possible, quelles que soient les méthodes utilisées (le terrorisme est sale, la lutte pour son éradication l’est également). À ce titre, la scène de la mort de l’ennemi mondial numéro 1 de l’époque est significative: les assaillants tirent sans savoir vraiment sur qui et on n’hésite pas à achever les blessés comme des bêtes. C’est cruel et barbare, mais c’est la triste réalité de ce genre d’opération: tuer ou prendre le risque d’être tué!
Au-delà du refus de Kathryn Bigelow d’idéaliser son propos, nous pouvons également nous satisfaire de ses qualités de mise en scène. Précise et nerveuse mais sans esbroufe, elle refuse constamment le spectaculaire, même au moment tant attendu de la scène de l’assaut. Comme les personnages à qui elle donne vie dans Zero Dark Thirty, jamais Kathryn Bigelow ne cherche à tirer la couverture à elle. Elle est metteur en scène, et son rôle est de raconter une histoire de manière vraisemblable sans chercher à nous en mettre plein la vue. C’est justement parce qu’elle y parvient qu’elle nous impressionne!
 

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