Barbara ***½

22 février 2013

Mai 1980, Allemagne de l’Est. Barbara (Nina Hoss, superbe), médecin à Berlin-Est soupçonnée de vouloir passer à l’Ouest, est mutée dans une petite ville de province. Sera-ce suffisant pour lui ôter son désir d’évasion?

Réalisateur: Christian Petzold | Dans les salles du Québec le 22 février 2013 (EyeSteelFilm, en collaboration avec le Goethe-Institut)

Ce qui surprend avant tout dans Barbara, c’est la représentation de l’Allemagne de l’Est des années 80. Certes, les appartements sont tristes, les bâtiments en mauvais état et l’hôpital terne, mais tout cela est enveloppé par une campagne estivale de bord de mer dont les vents violents et les cris des mouettes contrastent avec les paysages urbains grisâtres habituellement représentés dans ce genre de film. Pourtant, ce paysage est paradoxalement presque plus inquiétant qu’une grande ville. En raison des espaces ainsi libérés et de la faible fréquentation des chemins de campagne de cette petite bourgade, le moindre agissement semble suspect et le regard des autres y est encore plus inquiétant. Ce sont surtout ici les espaces dépeuplés qui inquiètent, et le danger donne l’impression de pouvoir surgir à tout moment comme un diable hors de sa boite!
Le reste de la mise en place est tout aussi réussie: la reconstitution est soignée sans jamais être trop mise en avant, le film refuse d’emblée de nous entraîner dans un faux suspense (nous savons tout de suite que le médecin-chef est chargé de garder un oeil sur l’héroïne, et nous savons qu’elle le sait!) et le personnage est parfaitement défini en peu de plans grâce aux talents croisés de Christian Petzold et de Nina Hoss (Ours d’argent à Berlin il y a quelques années pour Yella, déjà réalisé par Christian Petzold).
De plus, s’il est question de passage à l’Est, de surveillance généralisée et du rôle de l’état dans l’orientation des vies de ses citoyens (l’individu ne choisit ni où il vit, ni où il travaille, ni qui il a le droit d’aimer), Barbara nous montre des personnages parvenant à conserver malgré les apparences un minimum de libre arbitre. Ainsi, les erreurs personnelles peuvent conduire un individu à jouer un rôle d’indicateur, l’amour pour une personne de l’Ouest peut donner envie de prendre le risque de partir, mais la foi dans un métier (et l’altruisme qui en découle, particulièrement évident pour un médecin est-allemand qui ne peut en tirer aucune forme de profit) peut conduire à prendre des décisions allant contre l’évidence.
Telle est donc la grande force du film de Christian Petzold: rendre prégnante une société qui limite a priori tout libre arbitre, tout en montrant dans le même temps que l’individu peut y conserver une (petite) part de liberté par le biais de ses prises de décisions.
Barbara n’est cependant pas exempt de défauts. Sans vouloir dévoiler l’issue du film, et même si nous comprenons parfaitement le sens du développement scénaristique final, nous regrettons les faiblesses d’écriture dans son élaboration contrastant fortement avec la finesse de la mise en place. Malgré cette petite réserve, ce portrait d’une femme sous couvert de portrait d’un régime autoritaire (à moins que cela ne soit l’inverse) a suffisamment de force pour nous donner envie d’en conseiller le visionnement au plus vite!
 

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