Au-delà des collines / Beyond the Hills (Depa Dealuri) ****

14 juin 2013

Alina (Cristina Flutur) rentre d’Allemagne pour retrouver Voichiţa (Cosmina Stratan), son ancienne camarade d’orphelinat, avec l’espoir de l’emmener vivre avec elle. Si les deux femmes se sont jadis aimées, Voichiţa est devenue nonne et se consacre maintenant à Dieu. Alina accepte difficilement cette rivalité.

Réalisateur: Cristian Mungiu | Dans les salles du Québec le 14 juin (Métropole films)

Au-delà des collines est un film long (2h30), au rythme lent et aux images austère. Pourtant, sous la houlette de Cristian Mungiu, ces caractéristiques qui pourraient passer pour des défauts deviennent de fascinantes qualités. Elles permettent en effet au cinéaste de nous intégrer progressivement dans un univers monastique d’un autre âge peuplé d’individus complètement étrangers à la réalité du quotidien. Aidé dans sa tâche par d’excellents acteurs (citons particulièrement Valeriu Andriuta (le prêtre) et les deux comédienne Cristina Flutur et Cosmina Stratan, co-récipiendaires du prix de la meilleure actrice au festival de Cannes) et par le superbe travail du directeur photo Oleg Mutu, Cristian Mungiu opte pour une intégration lente, presque insidieuse. Lorsque, après deux heures de film, le drame intervient, le spectateur a presque le sentiment de faire partie du monastère. Ce drame (dont nous ne dévoilerons pas la nature) est incompréhensible, presque absurde lorsqu’il est analysé objectivement, mais la longue mise en situation nous le fait presque apparaître comme logique, implacable, même si nous demeurons conscients de sa cruauté involontaire (les religieux font le mal en étant éminemment persuadés de faire le bien!).
Au final, en 2h30, Cristian Mungiu parvient avec une mise en scène maîtrisée et une sobriété presque inquiétante à nous faire partager l’horreur d’un acte collectif dramatique vu comme le dénouement presque logique d’une situation à l’origine assez banale. Pourtant, jamais Cristian Mungiu ne se pose en moraliste. Avec acuité, il observe mais se refuse tout jugement. Il se contente de constater jusqu’où l’Homme peut se fourvoyer lorsqu’il se laisse aveugler par la passion dévastatrice (que ce soit envers Dieu ou envers un autre humain) et l’isolement. Le réalisateur roumain nous confirme aussi que la Palme d’or obtenue en 2007 pour son deuxième film (4 mois, 3 semaines, 2 jours) n’était pas le fruit du hasard: il est indéniablement devenu un cinéaste majeur.
 

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