Hannah Arendt ***½

14 juin 2013

En 1961, la philosophe juive allemande Hannah Arendt (Barbara Sukowa) propose au New Yorker de se rendre à Jérusalem pour suivre le procès d’Adolf Eichmann, arrêté quelques mois plus tôt en Argentine par les agents du Mossad. Plus qu’un simple compte-rendu de procès, le texte d’Hannah Arendt lui permettra d’évoquer pour la première fois le concept de "banalité du mal" et sera l’objet de vigoureuses critiques.

Réalisateur: Margarethe von Trotta | Dans les salles du Québec le 14 juin (EyeSteelFilm)

Pour parler d’Hannah Arendt, Margarethe von Trotta n’a pas choisi la voie du film biographique traditionnel, mais a préféré s’intéresser à une courte partie de sa vie: le suivi du procès Eichmann et les vives réactions suscitées par son texte Eichmann à Jérusalem. Étude sur la banalité du mal.
La première difficulté à laquelle devait faire face la cinéaste était de présenter Arendt à un grand public qui ne la connaît pas forcément très bien. Elle s'acquitte de sa tâche à merveille: sans didactisme et avec un naturel rare, elle parvient a disséminer au gré des dialogues le minimum nécessaire à la compréhension du récit à venir.
La deuxième difficulté était de représenter un Eichmann convaincant (c’est en effet sa personne qui est à l’origine de la réflexion sur la banalité du mal). Peut-être pour éviter les reproches faits il y a quelques années à La chute (dont le Hitler avait été jugé “trop humain”) elle a choisi de faire appel aux images d’archives. Elle nous nous fait donc découvrir sans pouvoir s’exposer à la critique un pauvre type un peu perdu, légèrement malade et loin d’être le monstre que l’on aurait pu imaginer. Par contre, l’intégration d’images d’archives à une fiction est un véritable piège. En choisissant de faire de ces images des images de télévision diffusées dans la salle de presse, elle trouve indéniablement la solution idéale.
La troisième difficulté annoncée était peut-être la plus complexe: faire comprendre à un public pas obligatoirement féru de philosophie le concept de "banalité du mal". En utilisant les moyens du cinéma, sans se perdre dans la complexité de la pensée d’Arendt, mais en cherchant à en rendre accessible l’essence au plus grand nombre, elle atteint son but avec une apparente facilité impressionnante.
De manière très classique, sans chercher à nous faire la leçon, en laissant de côté les effets accrocheurs dont abusent parfois les biopics, Margarethe von Trotta remplit largement son contrat. Elle nous rappelle par la même occasion que l’aveuglement idéologique et la pertinence de la pensée font rarement bon ménage. À l’heure où l’information circule si vite qu’elle rend parfois difficile son analyse, ce petit rappel semble bienvenu!
 

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