Blackfish ***

26 juillet 2013

En 2010, au parc d’attraction Seaworld de San Diego, une orque de plus de six tonnes tue sa dresseuse en pleine représentation. Le même animal avait déjà fait deux autres victimes dans le passé. La réalisatrice Gabriela Cowperthwaite a rencontré d’anciens dresseurs et divers experts pour essayer de comprendre comment un tel drame a pu se (re)produire.

Réalisatrice: Gabriela Cowperthwaite | Dans les salles du Québec le 26 juillet 2013 (EyeSteelFilm Distribution)

Avec Blackfish, les amateurs de documentaires sophistiquées vont être déçus. Sa succession d’extraits d’entrevues et d’images d’archives commentées confère en effet au film des allures de documentaire télé. Pourtant, l’intelligence du propos est ici bien plus importante que d’éventuelles velléités d’auteurs. En s’appuyant sur des images jusqu’ici inédites et des fragments d’entrevues variées et bien menées, le film accorde une place centrale aux dresseurs, souvent peu informés de certaines réalités (le danger de leur profession, le passé éventuellement trouble de certains de leurs partenaires marins, les dessous du fonctionnement des parcs aquatiques, etc.). Il ne nie pas pour autant leur faillibilité: sans commettre de faute, la dresseuse décédée (Dawn Brancheau) n’a peut-être pas pleinement compris la teneur de la frustration de l’orque avec qui elle effectuait une démonstration de routine qui s’est transformée en drame.
En nous apprenant à connaître cette activité et le tempérament des orques (dans ce genre de parcs mais aussi en milieu naturel), la réalisatrice nous livre un travail d’enquête qui semble objectif. Sans nous imposer un discours écologico-anticapitaliste bien pensant, Blackfish nous permet d'appréhender la situation et nous incite à nous interroger sur différents sujets sans nous les imposer. Est-il pertinent de faire frôler la mort à des êtres humains pour le seul plaisir d’autres êtres humains? La désinformation dont fait preuve la direction envers ses employés comme envers ses clients est-elle acceptable? Pourquoi réduire des animaux sauvages et meurtriers* au rôle d’amuseurs publics? Quel regard porter sur l'ignominie de la communication des vendeurs de rêves? (cette dernière remarque peut d’ailleurs s’élargir à une grande partie de l’industrie du divertissement... et pas uniquement!).
Le film pose bien évidemment également la question de savoir si un animal sauvage est plus à sa place en captivité ou dans son milieu naturel. La réponse semble évidente mais c’est justement pour cette raison que nous pourrions reprocher à la réalisatrice d’avoir éludé quelques éléments de réponses. La captivité n’a-t-elle pas en effet un rôle à jouer dans la connaissance, voire dans la préservation de certaines espèces (d’autant plus que la reproduction en captivité ne semble pas poser de problèmes)? En abordant également ces aspects qui nous semblent importants, et donc en nuançant un peu plus ses propos, la réalisatrice nous aurait probablement permis de pousser encore plus loin notre réflexion sur le sujet.
Malgré ces réserves Blackfish a avant tout l'intelligence de ne pas livrer une thèse toute faite au spectateur et lui donne surtout envie de s’interroger sur les dérives marchandes de la société. C’est probablement surtout en ce sens que le film réussit le plus sa mission!

* si l’orque est naturellement inoffensive pour l’homme, elle se nourrit tout de même de gros mammifères marins.
 

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