Twixt ***½

5 juillet 2013

Un auteur au succès déclinant (Val Kilmer) se trouve dans un village isolé des États-Unis pour promouvoir son dernier livre. En proie à de sérieux problèmes d’argent, il se met à l’écriture d’un nouveau projet inspiré d’une série de meurtres sordides toujours non résolus.

Réalisateur : Francis Ford Coppola| Dans les salles du Québec le 5 Juillet (cinéma du Parc)

Dans cette histoire d’auteur has-been (double du cinéaste?) inspiré par un de ses rêves, le père de Godfather renoue avec la série B de ses débuts. Dans un premier temps, Coppola pose les bases de son récit. Du film d’horreur, il suit à la lettre les codes et figures types (shérif louche, village nimbé de mystère, jeune fille tuée sordidement, tonalité inquiétante, protagoniste en crise.). Puis tout à coup le récit bifurque vers le conte fantastique et se resserre sur le personnage meurtri de l’auteur. Celui-ci rêve notamment d’une rencontre avec Edgar Allan Poe et avec le fantôme d’une dénommée V. (inoubliable Elle Fanning) tuée par un prêtre comme tant d’autres enfants. Dans ces interludes oniriques captés dans un noir et blanc somptueux et percés d’une lumière bleutée éclate toute la beauté spectaculaire de Twixt.
Coppola depuis L’homme sans âge semble avoir redécouvert une forme de jouvence et de vitalité. De plus le numérique (ou la 3D, utilisée occasionnellement ici*) semble lui avoir procuré les moyens nécessaires pour expérimenter à moindre coût. Cela lui permet de préserver un côté personnel et une liberté créative qu’il ne détenait plus au sein du système hollywoodien. Par-dessus tout il peut aujourd’hui raconter ce qui lui tient à cœur, quitte à ce qu’il se perde à l’occasion (ces rebelles gothiques tout droit sortis de Rumble Fish). Cela s’avère parfois grandiose (Tetro, annonciateur de son virement récent vers l’intime et la «confession»). Avec Twixt, cela se révèle inspiré, splendide et poignant par moments, même si un manque d’unité et un goût d’inachevé finissent par miner l’ensemble.
Dans l’une des plus belles scènes de Twixt, l’auteur confie à Poe son désespoir et sa culpabilité, alors qu’il revit en flash-back l’accident fatal de sa fille au cours d’une escapade de Speed boat (comme le plus vieux des fils de Coppola, mort en similaires circonstances). Poe, devant le tragique des événements narrés, lui déclare que tous deux ont le privilège rare d’ériger à travers leur œuvre un tombeau dédié à la mémoire de leurs enfants/femmes décédés. Pour ce moment seul, on serait presque prêt à tout pardonner au film.
Le cinéma comme catharsis est un peu devenu la devise de Coppola ces dernières années!
* attention cependant, la version proposée ici est la version 2D (ndlr)
 

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