All is Lost ***½

25 octobre 2013

Privé de tout moyen de communication, un homme (Robert Redford) voit son voilier sombrer dans l’océan après une violente tempête. Seul sur son bateau de sauvetage, épuisé, il cherche coûte que coûte à rejoindre la terre ferme.

Réalisateur : J.C. Chandor | Dans les salles du Québec le 25 Octobre (Les Films Séville)

Autant le précédent film de J.C. Chandor, Margin Call, était riche en personnages et bavard, autant celui-ci est avare de mots (pas plus d’une vingtaine recensée dans tout le film). Trop souvent la musique (ici très discrète) où les dialogues peuvent devenir des alibis trop commodes et feindre la profondeur psychologique jusqu’à engluer un film dans un sentimentalisme défavorable (tel est le cas, malheureusement, de certains passages du génial Gravity). En concentrant tout son récit sur un seul personnage et en parvenant à un état de dépouillement aussi spectaculaire dans sa mise en scène, J.C. Chandor prend l’autre voie et réussit à nous impliquer directement, viscéralement, au cœur du drame transposé à l’écran. La totale maîtrise de sa réalisation, jamais tape à l’œil, finit par nous river sur notre siège dans la crainte du pire. Cent minutes durant, il nous fait partager la solitude d’un homme cherchant à rejoindre la terre ferme. Impossible d’y échapper ! A cette prémisse très simple il opposera une absence de détails biographiques caractérisant son personnage. Tout au plus, on comprendra par les quelques mots lus en voix-off au début que c’est un homme qui regrette. Quoi ? On ne saura pas. L’enjeu du film est ailleurs. Il est à trouver dans ce combat entre l’homme et la mer, ce face à face vertigineux, confrontant l’impuissance humaine à la grandeur infinie et indomptable de l’océan. J.C. Chandor donne à voir les actes, le courage et l’ingéniosité d’un homme à bout de forces pris dans une situation qui le dépasse (le plan d’ensemble domine), alors que son état d’esprit passe graduellement du calme à la désespérance la plus criante (ce fuck! désespéré crié aux nues qui dit tout) jusqu’au renoncement…
Dans les dernières années, de nombreux films américains avaient démontré leur attirance pour l’isolement (Buried, 127 Hours), le huis-clos en plein air (Cast Away) mais rarement leurs signataires avaient laissé libre cours à l’expressivité de leurs images avec pareille conviction et foi dans leur art de la mise en scène. On pourrait même avancer l’idée que All is Lost emblématise presque à lui seul l’arrivée d’un sous-genre, auquel on pourrait inclure d’ailleurs le Gravity de Cuaron : le film catastrophe intimiste. Au déluge d’effets visuels publicitaires d’un Boyle ou encore au montage parallèle d’un Zemeckis cherchant une distraction psychologique rassurante du vide qu’il est censé mettre en images, Chandor répond par une mise en scène plus radicale, collée au corps, axée sur rien d’autre que l’instinct de survie, et à travers laquelle les effets spéciaux s’effacent au profit du drame humain qui sous-tend cette aventure périlleuse et terrible… Audacieuse certes, la mise en scène, aussi édifiante soit-elle, ne serait rien sans la formidable puissance d’incarnation de Robert Redford. Tout le film ‒ toute son urgence, sa force, son humanité ‒ passe par la présence, la finesse de jeu, la gestuelle et la beauté vieillissante de l’acteur. Dans tous les plans, quasiment muet, Redford se paie à 77 ans le pari le plus risqué de sa carrière d’acteur et le gagne haut la main, magnifiquement.
 

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