Nebraska ***½

29 novembre 2013

Convaincu d’avoir remporté un million de dollars, un vieil homme un peu perdu (Bruce Dern) persuade son fils (Will Forte) de le conduire au Nebraska pour réclamer son dû. Sur la route, des membres de sa famille et d’anciens amis se mettent à lui réclamer de l’argent…

Réalisateur : Alexander Payne | Dans les salles du Québec le 29 novembre 2013 (Paramount)

Après Cannes et en attendant les Oscars, Nebraska prend l’affiche au Québec sans tambour ni trompette, le film ne bénéficiant pas de la même campagne de promotion que The Descendants (il est vrai qu’il n’y a pas George Clooney au générique). Pourtant, ce nouveau long métrage d’Alexander Payne est aussi réussi que son prédécesseur et parvient sans difficulté à séduire.
Il s’agit d’ailleurs d’une des œuvres les plus drôles de l’année. L’humour coule à flot, venant à la fois des personnages, des situations, de ce qui est dit et de ce qui est montré. Après une introduction un peu longuette, on arrive dans le vif du sujet et il faut parfois se retenir pour ne pas rire aux larmes. La faune d’individus est à la limite du pathétique et leurs motivations font sourire.
Il faut toutefois attendre jusqu’à la fin pour que l’émotion apparaisse et que les clichés fondent comme neige au soleil. Les enjeux superficiels prennent de l’épaisseur, ce qui fait un grand bien aux propos et à la psychologie des personnages. La mélancolie et l’amertume se juxtaposent, la grisâtre des êtres (ce qui explique la présence de ces très belles images en noir et blanc) tombent finalement d’un bord ou de l’autre du balancier et derrière cette fausse naïveté et cette candeur se cache une peur de prendre part au monde ou d’atteindre ses objectifs pour mener la meilleure existence possible.
On fait également en grande partie le voyage pour ces antihéros attendrissants et attachants. Bruce Dern (prix d’interprétation à Cannes) est mémorable – et bouleversant - en vieux patriarche qui oublie ce qui l’arrange. Face à lui, Will Forte (qui évoque tour à tour Steve Zahn et Paul Rudd) offre un jeu plus intériorisé. Entre ces deux pôles, on pourrait craindre que les femmes n’aient pas de place pour exister. Cela serait mal connaître June Squibb. En épouse qui n’a pas sa langue dans sa poche elle offre les répliques les plus hilarantes et les plus inoubliables, et se montre parfaitement en phase avec l’esprit caustique et cynique d’Alexander Payne. Elle mériterait amplement une nomination aux Oscars!
À placer entre Sideways et About Schmidt, Nebraska est un road movie extrêmement sympathique et chaleureux, parfois un peu mince mais qui a le don de mettre quiconque de bonne humeur. Par les temps qui courent, c’est assez rare.
 

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