Violette ****

29 novembre 2013

L’émancipation personnelle et professionnelle de Violette Leduc (Emmanuelle Devos) dans la France de l’après Deuxième Guerre mondiale, notamment grâce à l’aide de Simone de Beauvoir (Sandrine Kiberlain).

Réalisateur : Martin Provost | Dans les salles du Québec le 29 novembre 2013 (Métropole Films)

Il y a quelques années Martin Provost avait ébloui le cinéphile avec Séraphine, superbe portrait d’une peintre oubliée qui lui avait valu sept Césars. Après le plus sombre mais néanmoins très pertinent Où va la nuit ? qui n’a jamais pris l’affiche au Québec (il avait été présenté au Festival des films du monde), il revient avec Violette qui pourrait bien être une sœur jumelle de Séraphine.
Les deux œuvres ont beaucoup en commun. En plus d’être des femmes qui méritent de retrouver leur place dans l’Histoire, elles ont constamment combattu les préjugés de l’époque et de la société. Ces opus laissent également une grande place à la nature et au divin et la composition de certains plans (les deux conclusions, par exemple) se répond allègrement.
Violette a cependant la tâche un peu ingrate (du moins, beaucoup plus délicate) de retransmettre en image des mots et non des peintures. Comment exprimer de façon cinématographique ces nombreux dialogues et échanges entre les personnages ? Le cinéaste y est parvenu grâce à une mise en scène mobile et épurée à la fois, qui n’a que faire du classicisme et de l’académisme. Il insère ces êtres dans un cadre plus grand que nature, les filmant souvent de loin sans user abondamment du montage, ce qui permet par exemple d’accentuer leur solitude dans le temps et l’espace.
Aux antipodes de la biographie filmée usuelle, le récit un brin trop long s’intéresse à des moments importants de la vie de l’héroïne sans tout couvrir de A à Z, passant rapidement sur quelques rencontres (avec Jean Genet et Jacques Guérin, l’ombre de Cocteau et de Sartre y est omniprésente) pour se nouer autour de sa relation avec Simone de Beauvoir. Il est question d’amour, d’amitié, du désir d’émancipation à une époque où les sujets abordés (avortement, détails érotiques à caractère homosexuels, etc.) sont loin d’être acceptés par les mœurs, mais également de la naissance d’une écrivaine. Ce thème prend de plus en plus d’importance, se déployant en différentes facettes (l’art qui permet de survivre, le pouvoir des mots, la quête du beau et du vrai) toutes plus fascinantes les unes que les autres.
Le film comporte certes quelques flottements et répétitions au sein de la trame narrative mais il offre également à deux actrices extraordinaires le meilleur duo d’interprétation depuis La vie d’Adèle. Même si elle ne ressemble en rien à son modèle, Emmanuelle Devos est convaincante en femme à la fois complexe et complexée, capable du meilleur comme du pire. La métamorphose est encore plus frappante du côté de Sandrine Kiberlain qui évite les mimiques d’usage pour offrir une performance vibrante et touchante.
Moins accompli que Séraphine, Violette demeure tout de même un des films français les plus réussis de 2013, que l’on porte longtemps en soi après la fin du générique.
 

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