Oldboy **

27 novembre 2013

Après avoir été emprisonné pendant 20 ans dans une chambre, un homme (Josh Brolin) est libéré et tente de découvrir pourquoi il a été enfermé.

Réalisateur : Spike Lee | Dans les salles du Québec le 27 novembre 2013 (Les Films Séville)

La version de Oldboy réalisée par Park Chan-wook en 2003 est un des meilleurs films de la dernière décennie. Avec son scénario brillant aussi grotesque que malsain, sa réalisation stylisée, sa musique enivrante et la performance incendiaire de Choi Min-sik, il s’agit d’un classique coréen de style shakespearien qu’on ne se lasse pas de voir encore et encore.
Il était donc tout à fait légitime de trembler à l’annonce d’un remake américain que devait d’abord tourner Justin Lin et même Steven Spielberg avec Will Smith dans le rôle principal. Spike Lee a finalement hérité du projet, probablement avec le désir de remettre sa carrière (de fiction) sur la bonne voie, lui qui n’a rien tourné d’intéressant depuis 25th Hour en 2002.
Il devra cependant prendre son mal en patience car sa relecture de Olboy est ratée. Même en faisant abstraction du manga dont il s’inspire et du premier volet cinématographique, le long métrage ne fait aucun sens et souffre de facilités scénaristiques. Le récit est cousu de fil blanc et parsemé d’invraisemblances grossières qui font complètement décrocher (le héros mis au rancard pendant 20 ans qui maîtrise parfaitement les nouvelles technologies ? N’importe quoi !).
On sent surtout que le cinéaste se moque de son spectateur. Spike Lee multiplie les clins d’œil et les hommages au précédent récit de façon maladroite, pour prouver comment il est capable d’être «différent», en utilisant par exemple un autre instrument de torture. Cela ne marche toutefois pas lors de cette finale alambiquée et judéo-chrétienne, plus manipulatrice qu’honnête, où l’on accuse encore ce bon vieux culte de l’image. Au lieu d’explorer l’ambiguïté de ses êtres, le réalisateur coupe les coins ronds, use de psychologie à deux sous (la boisson, c’est mal) et sent le besoin de tout expliquer. Du coup cette torture, très physique et frontale, devient un simple exercice de style, efficace mais oubliable.
Si seulement sa mise en scène était empreinte d’une quelconque personnalité. L’homme derrière le grandiose Do the Right Thing semble avoir accouché ici d’une commande, faussement maladroite, maniérée, dont le style s’avère mécanique et douteux. Il s’est même senti le besoin de «révolutionner» le fameux plan séquence où le protagoniste affronte une horde de méchants dans un couloir. Jouer avec l’espace est une excellente idée, mais la prochaine fois peut-être faudrait-il mieux s’arranger pour ne pas que le tout paraisse si chorégraphié et grossier: le spectateur finit par rire devant tant d’exagérations et de personnages qui tombent sans même se toucher.
Le jeu bouillant des comédiens est pratiquement le seul point positif de l’exercice. Josh Brolin est l’homme de la situation et Samuel L. Jackson semble tout droit sorti de Django Unchained, ce qui n’est pas une mauvaise chose (même si la crédibilité en prend pour son rhume). Sharlto Copley (de District 9 et Elysium) ne campe toutefois pas l’être diabolique qu’il aurait dû être (probablement en raison de ces ellipses qui aseptisent le propos) et Elizabeth Olsen est laissée à elle-même.
Certes, on a déjà vu des reprises bien pires que ce Oldboy très américanisé (comme The Uninvited qui a complètement détruit le génial A Tale of Two Sisters). Mais même sans avoir d’attentes, même en ne pensant pas à son modèle (ce qu’il faut toujours faire devant une variation sur des thèmes connus et une adaptation d’une pièce de théâtre ou d’un livre), les incohérences sautent aux yeux et exaspèrent rapidement.
 

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