Visitors **½

31 janvier 2014

30 ans après la réalisation de l'incroyable Koyaanisqatsi, Godfrey Reggio nous propose de retrouver son univers avec Visitors.

Réalisateur : Godfrey Reggio | Dans les salles au Québec le 31 janvier (cinéma excentris)

Dès ses premiers films, Godfrey Reggio a créé un langage cinématographique particulier. À la frontière entre le documentaire, le film essai et l’avant garde, il développe un discours critique sur notre civilisation, sans utiliser la parole ou le texte, mais en nous dévoilant des images surprenantes rythmées par les compositions de Philip Glass. À la différence de ses précédentes réalisations, Visitors, utilise la dilatation temporelle comme structure narrative. Les plans de longue durée sont généralement filmés au ralenti ou représentent des scènes statiques. L’association à la musique minimale et répétitive de Glass favorise une approche sensible, en opposition avec le bombardement visuel auquel nous sommes habitués.
Le film, tourné en noir et blanc, s'ouvre sur le portait de gorille auquel s’enchaîne un plan lunaire tourné de l’espace. Si cette combinaison fait écho à 2001 l’Odyssée de l’espace de Kubrick et nous rappelle l’évolution fulgurante de l’humanité, elle nous interpelle aussi sur les parti-pris du cinéaste. Il nous place tout de suite en position d’observateur distant, tels des visiteurs d’une autre planète assistant au spectacle de leur propre société.
Visitors se concentre sur les relations que l’homme entretient avec les technologies. Il s’inscrit dans la continuité du court-métrage Évidence, où il nous révélait des visages d’enfants regardant la télévision. Si Évidence se concentrait sur les conséquences de ce médium sur les individus, Visitors semble, quant à lui, se focaliser sur le basculement vers un monde virtuel, déconnecté de toute matérialité. Les personnages filmés sont isolés dans des décors vides, des mains manipulent des écrans tactiles, claviers et souris invisibles, les plans de foule se concentrent sur l’isolement de chaque personne. L’enfermement dans les distractions technologiques est aussi accentué par de nombreuses prises de vue d’immeubles et lieux de loisirs abandonnés.
Si le début du film nous propose une réflexion novatrice sur la société contemporaine, le procédé s’essouffle rapidement dans un bel emballage formel. Les tableaux se répètent et le spectateur se retrouve prisonnier d’un discours assez évident et qui peine à évoluer. On aurai aimé plus de contenu, car le spectateur n’est peut-être pas si passif et déconnecté qu’il n’y parait.
 

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