Only Lovers Left Alive (Les derniers amants) ****

25 avril 2014

Eve (Tilda Swinton) rejoint Adam (Tom Hiddleston) à Detroit. Les deux vampires, amants depuis plusieurs siècles, seront bientôt rejoints par Ava (Mia Wasikowska), une autre vampire dont le tempérament est beaucoup plus en phase avec notre époque.

Réalisateur: Jim Jarmusch | Dans les salles du Québec le 25 avril 2014 (Métropole Films Distribution)

Si nous devions choisir sommairement trois caractéristiques pour définir le cinéma de Jim Jarmusch, nous pourrions parler de sens du cadre, d’amour de la musique et du goût pour la lenteur.
Nous retrouvons tout cela une fois de plus dans Only Lovers Left Alive, mais l’aspect le plus appréciable est peut-être ici sa lenteur. Elle convient en effet à merveille à ces vampires désabusés dont la perception du temps diffère forcément de la notre. Adam semble d'ailleurs rejeter notre époque et ses avancées technologiques. Il peut cependant se le permettre: après plusieurs siècles, il a su apprendre à fabriquer ce dont il a besoin ou à apprécier ce qui ne se fait plus aussi bien qu'avant. Au contraire, Ava, la sœur d'Eve, vit clairement avec son temps. Sa course au plaisir en fait une éternelle décérébrée qui cède à ses instinct, consomme trop, en veut toujours plus. Après des siècles d’existence, ce mode de vie fait d’elle une personne toujours aussi ignare, au contraire des deux héros qui ont su profiter de leur immortalité pour acquérir des connaissances : ils lisent dans toutes les langues et sont capables d’apprécier les autres cultures, même s’ils ne les connaissent pas particulièrement (la chanteuse libanaise qu’Adam découvre dans un bar de Tanger). Contrairement à ceux qui en veulent toujours plus et qui semblent s’embourber dans leur médiocrité et leur ignorance sous prétexte de leur participation à la course de plus en plus rapide du progrès, nos deux vampires savent apprécier la beauté de la vie… même s’ils se sentent souvent trop seuls et peinent à survivre dans un monde perverti ou même le sang est contaminé.
Sous prétexte de réaliser un film de vampires, Jim Jarmusch nous livre en fait une fable désabusée sur l’évolution du monde. Avec son look d’un autre âge, il était la personne idéale pour faire ce constat. D’ailleurs, rarement son style aura donné autant de force à son sujet. Certes, nous pourrions trouver son attitude un peu réactionnaire. Mais critiquer la modernité lorsqu’elle s’approche un peu trop du culte de l’ignorance et de l’éloge de l’agitation vaine l'est-il vraiment?
 

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