Snowpiercer (Snowpiercer: Le Transperce-neige) ***½

18 juillet 2014

En 2031, l’espèce humaine a quasiment disparu de la surface de la terre sur laquelle règne un froid extrême qui la rend inhabitable. Les seuls survivant sont condamnés à vivre dans un train en mouvement perpétuel et dans lequel chaque classe sociale est confinée à un wagon bien précis. Les habitants de la queue du train décident de mener une révolte pour aller jusqu’à sa tête.

Réalisateur: Bong Joon-Ho | Dans les salles du Québec le 18 juin 2014 (Séville)

En adaptant la BD française scénarisée par Jacques Lob, Bong Joon-Ho avait entre les mains un matériau de départ très intéressant qui aurait facilement pu tourner à vide. Cependant, si la métaphore du train représentant la société est évidente, Bong a l’intelligence de ne jamais faire sombrer son film dans la naïveté ou le moralisme facile. Au contraire, en exploitant au maximum les spécificités du train, il nous fait comprendre dès le début que toute tentative de résistance est vouée à l’échec. La nature même du train (une tête et une queue) rend par sa géométrie impossible toute tentative d’égalité. De plus, le confinement a le même effet sur toute tentative de liberté (toute consommation non contrôlée grâce à des règles drastiques représente un danger pour l’ensemble de la société). Ce constat du libéralisme générateur de déséquilibre écologique et d’épuisement des ressources n’est en soit pas une idée neuve (surtout à une époque comme la nôtre) mais l’intérêt réside surtout dans le fait que Bong ose pousser la logique jusqu’au bout. Ainsi, plus le spectateur avance avec les résistants vers la tête du train, plus il comprendra que l’autoritarisme qui règne est le seul système politique qui permette à ce milieu confiné de ne pas aller vers sa propre destruction. Que le spectateur se rassure pourtant: Bong Joon-Ho trouve le moyen de ne pas faire l’éloge du système dictatorial malgré sa logique énoncée plus haut. Il va en effet au delà du changement de système et formule une proposition tout à la fois hautement désabusé, un brin biblique et finalement porteuse d’espoir.
Pour en arriver là, Bong Joon-Ho a l’intelligence de faire confiance au spectateur et lui montre l’évidence sans chercher à le surprendre (tout est parfaitement logique dans le déroulement du récit, même ce qui pourrait ressembler aux yeux d’un spectateur distrait à une surprise). Pour qu’une telle démarche fonctionne durant plus de deux heures, il fallait cependant avoir les reins solides. La direction artistique irréprochable et la musique hautement efficace de Marco Beltrami viennent compléter à merveille une mise en scène parfaitement maîtrisée et une gestion impressionnante de l’espace. Certes, les décortiqueurs de scénarios seront peut-être agacés par quelques approximations ou incohérences, mais la qualité de l’ensemble devrait leur permettre d’être indulgent!
Tout autant film d’action que fable politique, ce nouveau récit post-apocalyptique aussi divertissant qu’intelligent figure indéniablement parmi les meilleurs films de ce sous-genre très spécifique.
 

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