Birdman or The Unexpected Virtue of Ignorance ****

31 octobre 2014

Riggan Thomson (Michael Keaton), un acteur qui a connu la gloire il y a bien longtemps en interprétant un super-héros, monte une pièce à Broadway en espérant retrouver une certaine respectabilité.

Réalisateur: Alejandro González Iñárritu | Dans les salles du Québec le 31 décembre (Fox Searchlight)

Alejandro González Iñárritu réalise une comédie avec Michael Keaton dans le rôle d’un acteur qui se prend toujours un peu pour le super héros qui a fait sa gloire! Avec une telle proposition de départ, et devant une bande-annonce explosive très hollywoodienne, on pouvait se demander si Iñárritu avait vendu son âme au diable. Que ses amateurs se rassurent, il n’en est rien!
Birdman est en effet avant tout le portrait passionnant d’un acteur mentalement fragile que Michael Keaton incarne parfaitement! L’acteur ayant excellé dans les rôles de personnages instables (son Batman est un exemple du genre), il était évident qu’il serait parfait pour incarner l’ancienne star hantée par son rôle de Birdman au point d’en entendre la voix, de le voir et d’imaginer pouvoir utiliser ses pouvoirs! Cependant, Iñárritu ne se contente pas de brouiller la frontière entre la vraie vie et des rôles qui peuvent devenir trop pesants; il poursuit sa logique en faisant se confondre son activité première (le cinéma) et le milieu dans lequel se déroule son film (le théâtre). Pour y parvenir, il s’appuie sur son art de la réalisation. Certes, il nous livre une prouesse puisque Birdman est composé d’un unique plan séquence (ou plutôt d’une succession de plans qui s'enchaînent comme s’il s’agissait d’un plan séquence), mais celui-ci n’est pas qu’un simple exercice de style. Contrairement à The Rope d’Hitchcock, les raccords ne sont plus justifiés par une obligation technique (les changements de bobines) mais par une raison beaucoup plus intéressante: ils permettent à Iñárritu de faire du vrai cinéma (nous sommes loin du “théatre filmé”) tout en utilisant les contraintes du théâtre (principalement l’absence de cut). Il nous fait ainsi croire à une continuité (le faux plan séquence) tout en usant de sauts temporels! Cependant, contrairement à ce qui ce passe au théâtre, ce n’est pas un changement d’éclairage qui nous fait passer d’un moment à l’autre, ni la rotation de la scène qui nous permet de changer de lieu, mais généralement un mouvement de caméra.
Sous les apparences d’un exercice de style superbement maitrisé, Alejandro González Iñárritu brouille constamment les cartes entre le vrai (la vie) et le faux (la création et la folie, qui semblent indissociables). En demandant à un ancien Batman de jouer un ancien Birdman qui croit encore avoir des super-pouvoirs et qui monte une pièce de théâtre dans laquelle certains acteurs s’impliquent tellement qu’ils finissent eux aussi par ne plus voir les limites entre la vie et la création, le cinéaste fait bien plus que nous livrer un simple divertissement (souvent drôle): il continue à se questionner sur le monde et ceux qui le peuplent… avec une (fausse) légèreté qui lui faisait trop souvent défaut pas le passé!
Il en profite également pour signer un des meilleurs films de l’année… aussi inclassable qu’indispensable!
 

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