FNC 2014: Entrevue avec Olivier Godin (Nouvelles, nouvelles)

10 octobre 2014

À quelques jours de la projection de Nouvelles, nouvelles au FNC (les 10 et 15 octobre au Quartier Latin), nous nous sommes entretenu avec Olivier Godin, réalisateur de courts métrages très remarqués, ainsi que d’un long métrage: Le pays des âmes. Ce fut l’occasion de discuter de son dernier film, des tournages en 16 mm et de son univers si particulier...

Pour commencer, je tiens à rappeler par conscience professionnelle que la directrice photo de Nouvelles, nouvelles n’est autre que notre collaboratrice Miryam Charles. Nous ne parlerons pas de son travail en particulier, mais il faut tout de même parler de la photo! Vous aviez déjà réalisé un long métrage, présenté au FNC en 2011…
Mais ce n’est pas Miryam qui l’avait photographié!

Et il n’était pas non plus en 16 mm, contrairement à celui-là. Qu’est-ce qui a justifié votre envie de passer au 16 mm?
Nous avions surtout travaillé en 16 mm ensemble. Tous les courts métrages étaient en 16, à l’exception d’un seul. Avec Miryam, ça s’imposait. C’était un choix un peu risqué car nous avions très peu de temps pour le filmer, mais aussi très peu de pellicule et très peu d’argent, mais pour un tournage à très petit budget, ça apporte une rigueur, quelque chose de très intéressant au niveau du travail avec les acteurs. Rien que le bruit de la caméra impose quelque chose!

Et ça doit les mettre un peu sous pression aussi? Il y a une notion de danger pour eux, en raison du coût de la pellicule. Ils ont moins le droit à l’erreur!
Et c’est amusant aussi, car certains aiment bien se revoir. Mais nous n’avions pas de moniteur! Nous avons vu les shoots environ un mois après le tournage! C’est très excitant de vivre l’attente avant de voir les images!

Par contre, financièrement, ça génère un coût beaucoup plus important!
En effet, même si c’est moins cher qu’avant! C’est devenu plus facile de trouver des ententes. Certaines personnes à qui il restait de la pellicule ont pu nous en prêter. Il est maintenant très facile de trouver des caméras 16 mm car elles sont rarement utilisées. Il y a beaucoup de nostalgiques qui sont content de voir des jeunes tourner en 16 mm et qui nous aident. C’est dispendieux bien sûr, mais ça a aussi ses avantages.

On a presque l’impression que ça pourrait en inciter certains à utiliser la pellicule à nouveau…
Je ne sais pas vraiment. J’ai eu la chance de faire une école de cinéma au moment des dernières années de la pellicule. J’ai appris à faire des films comme ça, mais ce n’est plus le cas de nos jours. Je sais que maintenant, à Concordia, ils travaillent en Red ou en Alexa.

Et comment sont formés les directeurs photo maintenant? En Red ou en pellicule?
Je ne sais pas, en fait. Mais il y a de très bons directeurs photo. Nicolas Canniccioni, par exemple, a fait Laurentie et La mise à l’aveugle en 16 mm…

Oui, mais il n’a pas vingt ans… Il a été formé à l’époque de la pellicule également…
C’est peut-être le danger avec les nouveaux directeurs photo. S’il y a un renouveau avec la pellicule… (rires)

(rires) Ils ne sauraient pas quoi faire avec!
En effet, c’est une autre façon de penser la lumière. Avec Miryam, j’avais cette chance. Elle a surtout travaillé en pellicule. Pour nous, ça s’imposait. Tout a été pensé en fonction de notre possibilité d’utiliser la lumière naturelle ou de négocier nos contraintes. Mais je souhaite à la pellicule de faire un retour en force!

Ce préambule concernant l’image étant fait, nous allons revenir sur le film d’une manière plus générale. J’ai envie de vous demander de présenter à votre manière ce film, qui est assez singulier.
C’est l’histoire de trois hommes amoureux d’une même femme. Chacun a sa quête. C’est un film romantique épique. (...) Toute cette action se déroule autour et à l’intérieur d’un bar nommé La voie lactée. Il y a donc très peu de lieux.

C’était une volonté liée au financement, ou une pure volonté d’écriture?
Purement d’écriture… mais je suis en fait “inconsciemment très conscient” (rires) de la faisabilité de mon scénario au moment de l’écrire. J’arrive à explorer en quelques lieux les thématiques qui m’intéressent. Avec Nouvelle, nouvelles, le défi était aussi de faire un objet d’art assez épique malgré une douceur, un côté minimalisme assumé. Il y a des fusillades et des combats à l’épée qui sont plus suggérés que montrés… il y a énormément d’action!

C’est tout de même plus un objet d’art, pour reprendre votre terme, qu’un divertissement…
Je le veux très stimulant, mais aussi divertissant.

(...)


Il y a eu une rétrospective de vos oeuvres à la cinémathèque il y a peu… Vous avez un univers très particulier. Vos films ne ressemblent qu’à eux-mêmes! On a l’impression que ça vous dérange que je dise ça?

Non, mais je n’ai jamais l’impression de faire des objets aussi étranges qu’on me dit qu’ils sont! (rires)

(rires) C’est peut-être vous qui l’êtes alors…
(rires) Peut-être. Il y a des choses que je ne pige pas dans la vie (rires). Je n’ai pas l’impression de faire des films aussi décalés qu’on me le dit! Mais c’est bien… c’est quand même des compliments.

C’est en effet ce qui fait la spécificité de vos films. Et je pense que les gens les apprécient pour cette raison-là!
Oui, j’espère.

Mais parlons de votre relation au public justement. Il vous arrive d’avoir des retours de gens qui ont vu vos films?
(...) Quand j’ai des retours positifs, ça me réconforte dans ma façon de faire. Mais par rapport à ce que vous dites, je n’ai pas conscience de forcer les choses vers l’étrange.

Mais je vous rassure… en tant que spectateurs, nous n’avons pas non plus cette impression, sinon, ça sonnerait faux, alors que là, on sent une sincérité.
C’est un univers personnel, mais dans le cas de Nouvelles, nouvelles, c’est très ancré dans une certaine québécitude. C’est un univers dérivé des contes. (...) J’espère m’inscrire en continuité de quelque chose, en regardant toujours vers l’avant, mais en gardant une grande conscience d’un patrimoine matériel ou immatériel.

Ce qu’on retrouve dans pas mal de vos films.
Oui, l’idée du conte fantastique est quelque chose auquel je réfléchis beaucoup, même à travers le film romantique, qui pour moi s’inscrit dans une certaine forme de fantastique. Dans la comédie romantique, on est beaucoup dans le fantasme ou dans la projection de soi. J’aime bien faire exploser ça avec un côté très onirique. J’avais envie que les personnages se rêvent eux-mêmes dans un même film.

Et avez-vous un autre projet de long métrage? On sera toujours dans cet univers de conte?
Je fais des films romantiques… j’ai l’impression d’être un cinéaste du couple. Pour moi, c’est toujours un point de départ qui peut amener à tellement d’endroits. Je pense que la rencontre entre deux êtres est très cinématographique, très riche en possibilités. Dans les projets que je développe, on retrouve beaucoup cette idée. (...) La rétrospective de la Cinémathèque m’a amené à réfléchir sur ce que je fais!

C’était la première fois que vous voyiez tous vos films en deux jours?
Oui. Ils n’étaient pas tous là, car deux courts-métrages n’étaient pas programmés, mais de voir tous ces courts-métrages bout à bout, c’est très étrange. (...) Ça revenait à voir 6 ans de travail et de réflection en une heure et demie. On voit qu’on se répète un peu d’un film à l’autre, ce qui donne envie de réfléchir à son travail pour ne pas tomber dans certains panneaux.


La difficulté, quand on a un univers très personnel, c’est de ne pas toujours refaire le même film…

Tout à fait.

Le risque est de rester prisonnier d’un procédé.
Exact. Il ne faut pas que ce qu’on fait naturellement devienne un système trop réfléchi. Je me suis rendu compte que lors de mes films précédents, le recours aux inter-titres devenait un peu une béquille rythmique. Dans Nouvelles, nouvelles, j’ai pris le parti de ne pas en utiliser pour ne pas continuer à m’appuyer sur ce procédé.

Vous imaginez une évolution possible dans votre façon de concevoir les films?
Aucun film de la rétrospective n’a été financé. Ils ont tous été conçus de manière très artisanale. J'ai eu une petite aide pour Nouvelles, nouvelles, mais ça restait très mineur. J’ai envie de voir comment je vais négocier un budget plus conséquent. Je ne veux pas être trop confortable. Il faut toujours être à l'affût. Mais je vais peut-être devenir plus ambitieux.

Vos films actuels n’auraient peut-être pas pu être financés. Avoir des financements implique une technique d’écriture différente. Vous avez envie d’évoluer dans ce sens pour essayer d’avoir un financement, ou est-ce que vous préférez ne pas y prêter attention pour écrire le scénario que vous avez vraiment envie d’écrire?
J’ai l’habitude d’écrire une première version et de la tourner. Quand je ne soumets pas mes courts-métrages à la Sodec, je les écris parfois comme des nouvelles. Quand on n'écrit que pour son équipe, on peut se permettre d’écrire autre chose, on sait d’avance qu’on va être compris. Quand on écrit pour les institutions, on ne sait pas qui va lire le scénario… il faut donc être prudent!

Au Québec, pas mal de gens alternent des films laboratoires avec des projets plus “classiques”. Imaginez-vous sortir de votre logique actuelle pour aller vers des choses plus finançables de manière ponctuelle?
J’aimerais vous dire oui, mais je ne sais pas si je serais capable d’écrire de tels projets sans avoir l’impression de me travestir. J’ai tout de même l’impression que mes derniers projets sont rigolos. Dans Nouvelles, nouvelles par exemple, il y a beaucoup d’humour… même si c’est narrativement trop flottant pour être perçu comme un film classique. De plus, en raison des conditions de tournage, il a fallu faire face à des imprévus et nous savions que le produit fini ne ressemblerait pas forcément au scénario. Mais je me pose ces questions car c’est parfois frustrant d’avoir l’impression de ne pas toujours être compris. (...)

Vous parliez des imprévus. Il y a un peu un côté guérilla…
Oui, mais c’est fatiguant. Ça ne fait pas des tournages reposants…

Plus d’argent permet de planifier certaines choses et de limiter le plus possible certains imprévus.
Tout à fait. Certaines scènes de Nouvelles, nouvelles auraient peut-être été meilleures avec une journée de tournage de plus. C’est aussi cruel pour les acteurs, qui voulaient parfois refaire une autre prise… et je devais dire non! Mais je ne sais pas comment ça se passerait avec un financement plus confortable. Quelle serait la dynamique au niveau de l’équipe? Pour le moment, c’est très agréable car nous avons des équipes techniques de quatre ou cinq personnes. L’ambiance est presque familiale… et ce sont des gens que je connais bien. On se comprend! J’ai hâte de vivre d’autres expériences, mais si je n’ai pas de financement, je continuerai à faire mes films par moi même, avec des petites équipes.

Entrevue réalisée par Jean-Marie Lanlo à Montréal le 29 septembre 2014
 

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