Deux jours, une nuit ***½

9 janvier 2015

Critique rédigée dans le cadre du festival Cinemania 2014

À peine remise d’une longue dépression, Sandra (Marion Cotillard) doit convaincre ses collègues de renoncer à leur prime pour lui éviter d'être renvoyée.

Réalisateur : Luc et Jean-Pierre Dardenne| Dans les salles du Québec le 09 Janvier 2015 (Métropole)

Dans Les Temps modernes, Charlot, dans sa course à la productivité la plus écrasante, devenait passagèrement fou, au point de se perdre dans les rouages de l’énorme horloge qui dominait l’entreprise dans laquelle il travaillait, presque en robot humain. La scène, d’un comique inépuisable, est inoubliable, mais ce qu’elle disait déjà sur la violence du capitalisme, sur le monde des entreprises ou sur la déshumanisation de leurs employés, était terrible. Quelques 80 années plus tard, c’est toujours au Charlot de cette scène qu’on est ramené en regardant le tout dernier film des Dardenne, Deux jours une nuit. Quand on connaît toute l’admiration qu’ont les célèbres frères belges pour le chef d’œuvre de Chaplin, l’écho entre les deux films est criant (pour preuve, le plan final).
La prémisse tient sur un fil très mince : une employée en dépression et en voie d’être licenciée doit convaincre ses collègues de renoncer à leur prime de 1000 euros, ce qui lui permettrait de rester. Le temps d’un week-end, elle est pour ainsi dire en mode survie, se démenant comme elle peut pour trouver les adresses de chacun et se rendre chez eux, sous le regard bienveillant de son mari. Sur un temps très compté et un récit fait de répétitions (Sandra exposant son cas à chacun assez similairement), le film déroule toute la beauté et la dimension humaniste du cinéma dardennien. La mise en scène est évacuée de tout manichéisme ou grands discours. Le film laisse plutôt la place à la parole difficile et inconfortable de gens qui, pour expliquer la nécessité de leur prime, évoquent des situations et besoins très concrets, ou éclatent en sanglots et renoncent par solidarité humaine.
Le renoncement n’est jamais trop loin d’ailleurs pour Sandra (une Marion Cotillard très juste), fragilisée, qui ne veut surtout pas qu’on la prenne en pitié. Pourtant, elle ne s’y abandonne jamais complètement. Il y a toujours un geste, une parole, un regard prêt à l’élever de nouveau et lui donner le courage pour continuer son combat (le même que celui généreux et solidaire des Dardenne ou celui, très dévoué et plein d’amour de son mari).
S’il parvient à toucher et émouvoir, Deux jours, une nuit n’est pour autant pas exempt de défauts (maladresses de jeu, quelques facilités scénaristiques, incongruité de son titre) qui freinent ici et là son élan…
Un grand film, peut-être pas... mais un grand petit film, profondément humain.
 

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