Whiplash ****

28 novembre 2014

Andrew (Miles Teller) vient d'intégrer le conservatoire de musique de Manhattan dans l’espoir de devenir le meilleur batteur de jazz de sa génération. Il est rapidement repéré par Terence Fletcher (J.K. Simmons), un professeur charismatique qui dirige l’orchestre de jazz le plus prestigieux de l’institution.

Réalisateur: Damien Chazelle | Dans les salles du Québec le 28 novembre 2014 (Métropole)

Whiplash est le film d’un face-à-face entre deux hommes. D’un côté, un jeune talent en devenir, travailleur acharné et animé par une ambition démesurée. De l’autre, un professeur admiré et craint de tous en raison de ses méthodes pédagogiques peu académiques et de sa recherche insatiable de l’excellence.
À une époque où les différents systèmes éducatifs encouragent plus l’effort que la compétence, oser prendre le contre-pied du discours bien-pensant est une démarche qui ne peut que nous réjouir. Cependant, la recherche de l’excellence est si aveugle (le professeur a recours à des pratiques indéfendables: gifles, humiliations publiques) que le film prend rapidement le risque d'endosser l'habit du défenseur d’un système éducatif tyrannique… mais également d’une idée du monde selon laquelle ceux qui ne parviennent pas au sommet ne valent rien.
Heureusement, de manière assez subtile, car toujours très naturelle, le scénario de Damien Chazelle apporte régulièrement de la nuance à son propos en introduisant des personnages ou des faits qui mettent plus en doute ces pratiques qu’elles ne les justifient (le père du jeune musicien, écrivain raté, n'en est pas moins un bon père et est décrit sans condescendance comme un homme très respectable; la référence à un ancien élève poussé à bout par les pratiques du professeur; la relation amoureuse du jeune héros avortée en raison de son obsession de la réussite). Cela permet à Chazelle de pouvoir continuer à développer son propos sans ambiguïté. Il ne cherche en effet pas à nous donner une leçon de vie, mais à observer une relation ambiguë entre un élève très doué et un professeur aux méthodes inacceptables… mais nécessaires à l’émergence d’un génie de la batterie (le jeu en vaut-il la chandelle? Le film ne cherche pas à répondre à cette question, mais il incite le spectateur à se la poser).
Avec ses personnages il est vrai attachants mais aveuglés par une ambition dévorante qui les fait vivre en dehors de la réalité, le film prenait le risque de pouvoir déplaire. Il n’en est rien: en plus des qualités d’écriture évoquées plus haut, la mise en scène joue également un rôle essentiel dans notre acceptation de Whiplash. En filmant la pratique de la batterie comme il filmerait un sport de combat, sans avoir peur de montrer la sueur et le sang, Damien Chazelle génère en effet une tension constante qui fascine le spectateur au point de l'entraîner aux côtés du héros et de lui faire oublier sa raison. Ainsi, en acceptant d’entrer dans le film, nous acceptons de nous engager sur la voie dangereuse de la passion aux côtés d’un jeune musicien pour qui la batterie est plus importante que sa propre vie.
Au final, ce film intelligent et captivant est à ne pas manquer! Il est même probablement un des grands films de cette année!
 

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