La chambre bleue ****

28 novembre 2014

Film vu dans le cadre du festival Cinemania 2014

Julien (Mathieu Amalric) est interrogé par la police. Les souvenir de sa relation avec sa femme (Léa Drucker) et sa maîtresse (Stéphanie Cléau) refont surface.

Réalisateur: Mathieu Amalric | Dans les salles du Québec le 28 novembre 2014 (Métropole)

Dès les premiers plans de La chambre bleue, Mathieu Amalric propulse le spectateur dans la chambre du titre, aux côtés de deux amants illégitimes qui vivent une passion charnelle. Le travail sur le cadre et la bande son restitue cette rencontre par petites touches, par petits gestes, bribes de dialogues ou détails fugaces.
Très vite, nous comprenons que l’action qui se déroule sous nos yeux n’est pas en train de se produire mais est le fruit des souvenirs d’un des deux protagonistes (Mathieu Amalric, d’une grande justesse de jeu), livrés aux forces de l’ordre sous forme de témoignage. On devine alors qu’un drame a eu lieu, sans trop savoir qui il implique. Le film ne sera alors qu’un va et viens entre le présent (témoignage devant les gendarmes, le juge d’instruction puis la cour d’assises) et le passé, qu’Amalric fait resurgir subrepticement de manière tour à tour plutôt réaliste (la vie de famille) ou onirique (les retrouvailles et les rencontres avec sa maîtresse), mais toujours constitué de moments clés, à la manière de souvenirs forcements partiels qui réapparaissent en donnant une importance disproportionnée à un mot, un détail, un instant!
L’intrigue policière a beau se dérouler dans une ville de province, Amalric n’en fait pas un drame chabrolien: l’aspect criminel et l’arrière plan social n’ont ici qu’une importance limitée. Ce qui compte dans La chambre bleue ce ne sont pas les faits, mais les états d’âme d’un homme rongé par un mélange de culpabilité, de remords et d’incompréhension… un homme qui essaie tant bien que mal de reconstituer les pièces d’un puzzle fatal dont il est à l’origine mais dont il ne possède pas toutes les pièces.
L’entreprise n’était pas aisée et aurait facilement pu se perdre dans un récit volontairement morcelé ou être noyée dans son ambition stylistique. Au contraire, l’écriture (Mathieu Amalric et Stéphanie Cléau, couple dans la vie et amants à l’écran) est d’une rigueur irréprochable. Elle est également magnifiquement servie par un montage exemplaire (François Gédigier), une musique intelligemment évolutive (Grégoire Hetzel) et une direction photo (Christophe Beaucarne) qui sait toujours trouver la tonalité qui convient aux différentes scènes.
En adaptant Simenon avec un budget dérisoire (1 million d’euros) et un sens de la concision qui laisse pantois (1h16 minutes), Mathieu Amalric parvient à nous perdre dans la spirale du destin aux côté d’un homme qui avait pourtant tout pour être heureux. Il signe surtout un de ses films les plus maîtrisés… peut-être également son meilleur.
 

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