Léviathan (Leviafan) ***½

6 février 2015

Kolia (Aleksey Serebryakov) vit avec sa femme (Elena Lyadova) et le fils qu’il a eu d’un précédent mariage au bord de la mer de Barents, au nord de la Russie.
Le maire de la ville (Roman Madianov) cherche à s’approprier le terrain de Kolia par tous les moyens.

Réalisateur: Andrey Zvyagintsev | Dans les salles du Québec le 6 février 2015 (Métropole Films distribution)

À l’occasion du dernier festival de Cannes, Leviathan s’est vu attribuer le prix du meilleur scénario. Dans un premier temps, nous comprenons pourquoi. Mise en place avec intelligence, l’intrigue se dévoile par petites touches, en prenant soin de nous livrer à la fois un portrait  des différents protagonistes, mais aussi d’un collectif (une Russie qui s’éloigne de son passé sans que son présent ne soit beaucoup plus encourageant… entre consommation de vodka excessive et dirigeants malhonnêtes).
Cependant, après ces débuts très réussis, les choses deviennent un peu laborieuses. À force de multiplier les couches et les niveaux de lecture, Andrey Zvyagintsev ne parvient plus à faire se côtoyer le collectif et le particulier avec la même maîtrise.
De plus, en insistant de manière trop ostensible sur les problèmes de corruption et le lien entre pouvoir politique, religieux et justice, le film devient un film à charge… et finit par perdre ainsi en crédibilité  (une attaque plus subtile, plus diffuse, moins agressive, aurait donné au film la force d’un constat… Au contraire, Andrey Zvyagintsev se donne des allures de militant prêt à toutes les preuves de mauvaise foi pour défendre son point de vue!). Un attaque trop à sens unique perd parfois de sa pertinence… Léviathan en est la preuve!
Cependant, si à force de vouloir trop en dire, le scénario finit par perdre de ses qualités, le film reste à conseiller, notamment en raison de la superbe mise en scène qui feraient presque oublier nos réserves. Habile pour trouver régulièrement le rythme qui convient, Andrey Zvyagintsev étire le temps au bon moment, va à l’essentiel lorsqu’il le faut et parvient avec une facilité confondante à nous plonger dans cette Russie dans laquelle la consommation excessive de vodka prend des allures de bouffée d’oxygène faussement salvatrice. Grâce à son talent de metteur en scène, le portrait qu’il dresse de la Russie est terrifiant, mais toujours crédible… ce qui rend son acharnement anti-pouvoir encore plus regrettable, car presque redondant, donc inutile!

 

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