It Follows (Traquée) ***½

10 avril 2015

Une jeune femme (Maika Monroe) est poursuivie par une force surnaturelle qui menace de la tuer. Le seul moyen de se défaire de ce mal est de le transmettre à quelqu'un d'autre par le biais d’un rapport sexuel.

Réalisateur: David Robert Mitchell | Dans les salles du Québec le 10 avril 2015 (Métrpole)

La première scène d'It Follows nous met d’emblée dans l’ambiance: une jeune femme sort de chez elle la nuit, elle court, affolée, s’arrête, semble regarder un danger qu’elle seule peut voir, le contourne, retourne chez elle, en ressort avec les clés de la voiture et s’enfuit. Cela pourrait être le début de milliers de films de genre, mais ici, il est évident que le réalisateur connaît son boulot et place d’emblée la barre très haut.
La suite le confirmera: la mise en scène est de très haut niveau. À l’exception de quelques effets superflus, David Robert Mitchell maîtrise parfaitement son art. Les plans sont précis, les mouvements de caméra toujours utilisés à bon escient, mais surtout le réalisateur excelle dans l’art de générer une ambiance (en s’aidant toutefois d’une direction photo de grande qualité signée Mike Gioulakis et d’une musique prodigieusement efficace signée Disasterpeace, qui se situe quelque part entre John Carpenter et les Goblins), sans avoir peur de recourir à la lenteur, voir aux flottements dramatiques. Alors que trop souvent dans le cinéma de genre les scènes de tensions succèdent aux scènes trop illustratives, ici le minimum est dit et David Robert Mitchell semble préférer filmer les vides, les silences, les moments de flottement. Alors que le résultat aurait pu être terriblement ennuyeux, le talent du réalisateur nous plonge littéralement dans la réalité qu’il décrit. De plus, son scénario étant avare de passages obligés et de dialogues idiots, les acteurs peuvent laisser parler pleinement leurs talents pour donner naissance à des personnages qui n’ont rien des marionnettes habituelles… mais qui semblent réellement exister.
L'immersion au côté de la victime que nous propose le réalisateur amplifie cette impression et nous aide à percevoir l'angoisse et la certitude que le danger peut surgir à chaque instant… même si la plupart du temps, il ne se passe rien!
Bien sûr, les cinéphiles pourront y voir quelques références… mais si David Robert Mitchell nous dirige sur quelques pistes, c’est pour mieux suivre sa propre voie par la suite. D’autres pourront aussi y voir une réflection sur la jeunesse et son rapport à la sexualité. D'autres enfin pourront voir en It Follows un film de genre d'une efficacité redoutable.
C’est peut-être justement la force des bons films: ne pas imposer une lecture mais laisser chacun choisir la sienne. Pour notre part, It Follows est avant tout la preuve d’un vrai talent de cinéaste… c’est à dire d’un réalisateur qui sait filmer les lieux, les gens qui y évoluent, et surtout cerner avec force ce qui s’en dégage.
It Follows n'est peut-être cependant pas un chef d'oeuvre. Le scénario, s'il évite de nombreux pièges, n’est pas parfait pour autant. La volonté de jouer avec la lenteur lui impose parfois quelques creux qui ne sont pas sans poser quelques (légers) problèmes de rythme. Ces défauts sont toutefois très mineurs au regard des qualités du metteur en scène et de sa capacité à savoir s’entourer (musique, photo, casting).
À n'en pas douter, après The Myth of the American Sleepover (qui partageait certains thèmes avec It Follows sans pour autant les traiter par le biais du cinéma de genre), David Robert Mitchell confirme qu'il fait partie des cinéastes américains à suivre de près!
 

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