Fantasia 2015 : Love & Peace ***½

27 juillet 2015

Réalisateur : Sion Sono

Sion Sono n’est pas prêt de s’arrêter. Le cinéaste excentrique a créé pas moins de six films cette année, dont trois sont présentés dans le cadre de l’édition 2015 de Fantasia.
Love & Peace, le premier de la liste, est un déjanté mélange de genres, allant du film musical à la comédie romantique en passant par le kaijū eiga (révéler tous les genres dont le film emprunte les idées gâcherait certaines des surprises qu’il réserve). Même s'il s’inspire de poncifs, l’agencement éclectique que Love & Peace propose est tellement inattendu qu’il devient rapidement une œuvre à part, complètement marginale.
On reconnaît immédiatement la facture de Sion Sono par l’énergie des scènes. Le cinéaste cumule les effets de style – ceux-ci souvent très kitsch – et garde constamment son spectateur sur le qui-vive, tout en étant tout de même plus calme que dans certains de ses récentes œuvres. D'ailleurs Love & Peace comporte bon nombre de scènes posées, et on regrette quelques temps morts ou certains passages qui s’étirent. Heureusement, le scénario a l’intelligence de créer d'intéressants contrastes entre eux. Sur ce point, la finale, qui passe en quelques secondes d’un moment grandiose à une scène intime, impressionne particulièrement.
Ce qui surprend le plus toutefois, c'est la capacité du cinéaste à garder une ligne directrice dans un film qui part pourtant dans toutes les directions. En mélangeant des genres et des styles hétéroclites, Sion Sono prend le risque de se perdre dans son exercice de style, mais réussit à réunir le tout dans son discours. En surface, Love & Peace offre un message anti-consommation naïf et charmant dans son ridicule. En profondeur, par contre, Sion Sono opère son propre recyclage esthétique : il réutilise et réinvente les clichés. Autant il reprend ses propres œuvres (on pense notamment à la musique de Why Don’t You Play In Hell), autant il redonne vie à des codes de genres éculés et il destine ses personnages à d’éternelles renaissances.
Dans un film dont on remarque d'emblée la folie, Sion Sono réussit à garder une intelligence de discours assez rare, sans pour autant perdre son énergie habituelle. Une réussite!
 

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