Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l’existence (En duva satt på en gren och funderade på tillvaron) ****

3 juillet 2015

Les rencontres fortuites et parfois étranges de deux vendeurs blasés qui veulent aider les gens à s’amuser.

Réalisateur : Roy Andersson | Dans les salles du Québec le 3 juillet 2015 (EyeSteelFilm)

Avec Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l’existence, Lion d’Or au festival de Venise, Roy Andersson confirme qu'il possède un monde qui lui est propre. Tout comme les illustres Chansons du deuxième étage et Nous, les vivants, il est toujours question de longs plans savamment orchestrés qui ressemblent à des peintures, à un humour noir qui n’épargne rien ni personne et à une échappée vers l’absurde et le surréalisme qui fait un bien fou.
Ce dernier volet de la trilogie sur « comment être un être humain » débute par trois hilarantes séances de la Grande Faucheuse, pour mieux se consacrer ensuite sur l’action des vivants, ceux et celles qui errent sans trop se poser de questions dans des univers gris, beiges et bruns où la routine a le dernier mot. La société occidentale est au bord du gouffre et le réalisateur l’a parfaitement compris, se transformant en Tati des temps modernes pour observer ses semblables avec ironie. La méditation fait ressortir le beau et surtout le laid de ces échanges, obligeant le cinéphile à forcer le regard sur ce qui se passe à l’avant et à l’arrière plan. Le tout avec un malin mélange de légèreté et de gravité où la musique en forme de leitmotiv agit comme un savoureux métronome.
L’ensemble n’aurait pu être qu’une farce grotesque, répétitive et appuyée et bien que le rythme ne soit pas totalement au point, le metteur en scène réussit ce subtil passage de la comédie vers le drame. La solitude, la méchanceté, l’égoïsme, la difficulté à communiquer, l’humiliation et le culte de l’argent viennent se greffer à l’intrigue. Peu à peu ce qui défile devant nos deux antihéros prend un tout autre tournant. Il n’est pas question ici de ce retour à la Deuxième Guerre mondiale en forme de chanson, mais ce rappel que la Suède est encore une monarchie constitutionnelle avec tout ce que ça implique de traditions, que l’esclavagisme sauvage n’appartient pas totalement à l’histoire ancienne et que des animaux se font toujours disséquer et analyser. Un contrepoint choc et émouvant à cette introduction où un homme regarde des fossiles. Est-ce qu’il y a réellement eu une évolution? Rien n’est moins sûr.
Chez Andersson, elle continue d’être subtile même si elle est bien présente. Son art se transforme, lentement, atteignant une pleine maturité, se permettant d’aborder des sujets essentiels sous le masque de l’irrévérence... un peu comme le faisait Pasolini il y a un demi-siècle avec Des oiseaux, petits et grands, une autre fable tragique et désespérante où le refus du réel pousse l’humanité vers l’illusion. 
 

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