La terre et l’ombre (La tierra y la sombra) ****

28 août 2015

Un vieil homme qui renoue avec sa famille après plusieurs années d’absence retrouve un fils malade, un petit-fils laissé à lui-même, des proches exploités au travail et une ferme grugée par les cendres d’immenses plantations de canne à sucre.

Réalisateur : César Acevedo | Dans les salles du Québec le 28 août 2015 (K-Films Amérique)

Pour ce premier long métrage qui s’est mérité la prestigieuse Caméra d’Or au dernier festival de Cannes, le cinéaste César Acevedo crée une atmosphère suffocante de fin du monde qui n’est pas sans rappeler l’immense Cheval de Turin de Bela Tarr. Il opte pour un rythme lent, peu verbeux et volontairement répétitif peuplé de longs plans-séquences souvent fixes qui montrent la misère sur la peau des personnages.
Cette noirceur n’est cependant pas infinie et s’il y a une réflexion nourrie sur la mort, plusieurs thèmes importants et lumineux sont abordés, tels la transmission familiale et la solidarité sociale. En fait, c’est à cet opus qu’aurait dû ressembler le dernier film de Bernard Émond. Ici, le pessimisme de l’existence ne se confond pas avec la misanthropie. Au contraire, le metteur en scène aime ces êtres et il sait soutirer le meilleur d’eux – autant des amateurs que des professionnels.
Bien entendu, tout n’est que métaphore et le superbe premier plan le rappelle clairement. Un vieil homme marche sur le bord de la route et évite un camion qui l’éclabousse de poussière. Ce patriarche représente nos pères en exode qui ont failli à leurs tâches et qui ont rendu leurs enfants malades en ne s’occupant pas de ce qui était important (les problèmes de pollution, par exemple). Il tente toutefois de se reprendre auprès de la génération plus jeune qui représente l’espoir de l’humanité pendant que les femmes, gardiennes de la terre et du travail, se tuent à petit feu au labeur. S’il y a une abondance de symboles un peu primaire (surtout au niveau de l’oiseau plein de liberté et de ce cerf-volant plus muselé), il n’y a rien pour entacher ce film universel, qui s'autorise même un clin d’œil au chef-d’œuvre Sacrifice de Tarkovski dans sa dernière ligne droite.
En compagnie de The Tribe, il s’agit de l’effort le plus stimulant sorti ces dernières semaines. Après les premières minutes un peu difficiles d'accès, on ne pourra résister à cette ambiance unique et à cette humanité salvatrice.
L'avis de la rédaction :

Martin Gignac: ****
Jean-Marie Lanlo: **½
Sébastien Veilleux: ***
 

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