L’ombre des femmes ****

13 novembre 2015

Critique rédigée dans le cadre du FNC 2015

Pierre et Manon s'aiment... mais Pierre prend une maîtresse. Dans le même temps, Manon prend un amant!

 Réalisateur: Philippe Garrel | Dans les salles du Québec le 13 novembre 2015 (Funfilm)

Le dernier film de Philippe Garrel peut, dans un premier temps, laisser craindre le pire (personnages d’artistes aussi amoureux que caricaturaux et déclamant des dialogues pas naturels pour deux sous). Évidemment, comme le bonheur du couple ne peut pas durer, l’homme trompe la femme, la femme en fait de même, et l'amour s'écroule. Pourtant, le déroulement des événements (assez simpliste) n’a en réalité pas grande importance. La non-intrigue garrelienne et les dialogues qui sonnent faux n’importent pas plus.
Ce qui compte, ce sont les êtres. Peu nombreux, les personnages évoluent dans des appartements, un café et des rues parisiennes vides, irréelles et superbement sculptées dans un magnifique noir et blanc signé Renato Berta. Les décors, pourtant très réalistes (le Paris populaire qu'on voit rarement au cinéma), sont ainsi rendus irréels par Garrel et le directeur photo. Il en est de même pour les personnages, qui semblent évoluer dans une autre sphère. Ce n’est d’ailleurs pas le scénario qui leur permet d’exister vraiment, mais l’image de Berta et l’incarnation des acteurs: leurs corps, leurs visages et leurs voix semblent leur insuffler la vie. On a l'impression que Garrel n'a pas à essayer de les rendre crédibles car ils sont tout simplement la réalité du film. Ils n’ont besoin d’aucune intrigue et d’aucune explication pour incarner par leur présence même la difficulté à aimer. Lorsque l'homme apprend qu'il est trompé par sa femme (Clotilde Courau, d’une fragilité touchante), Stanislas Merhar (sublime) irradie l'écran de sa souffrance par sa seule présence. La suite sera du même ordre: les mots ou les situations ne seront pas plus les moteurs de L’ombre des femmes. Grâce à l’alchimie Garrel / Berta / Merhar, c’est le pouvoir de l'image qui jouera ce rôle et permettra aux personnages et aux sentiments de prendre forme et de devenir vrais... le tout dans un environnement où pourtant tout semble sonner faux.
Le résultat est tout simplement splendide!
L'avis de la rédaction :

Jean-Marie Lanlo: ****
Sami Gnaba: ***
Martin Gignac: ***
Olivier Bouchard: ****
 

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