Les démons ***

30 octobre 2015

Félix (Édouard Tremblay-Grenier) s’éveille à la sexualité et au monde des adultes en observant son entourage et la manière dont chacun exprime ou tait sa part d’ombre.

Réalisateur : Philippe Lesage | Dans les salles du Québec le 30 octobre 2015 (Funfilm)

D’ordinaire, lorsqu’un film traite des démons intérieurs chez l’enfant (dans le cinéma réaliste du moins), c’est dans un contexte difficile, au sein d’une famille dysfonctionnelle et/ou violente. Philippe Lesage choisit plutôt de camper son sujet dans un milieu tranquille et stable de la classe moyenne, en l’occurrence la Rive-Sud de Montréal. L’angoisse et le doute proviennent tout bonnement des histoires d’épouvante que se racontent les gamins entre eux, des comportements des adultes qui prêtent à confusion et du jeu des enfants dont le non-dit est révélateur. La sexualité latente est omniprésente tout au long du récit tant dans l’attitude des personnages que dans la mise en scène. Le réalisateur filme de près des enfants en sous-vêtements ou en maillot de bain sans en faire un enjeu dramatique, laissant aux spectateurs le soin d’interpréter ces images, un peu comme le fait Félix avec son entourage. L’ambiguïté des relations, le langage non-verbal et la nature des liens qui se tissent sont sans cesse bousculés par des émotions contradictoires.
Dès les premières séquences, on sent que la marmite bout et qu’elle va déborder. Une dispute entre parents (une des scènes les plus intenses du film) illustre bien les effets pervers de cette retenue constante qui marque l’imaginaire des enfants. On comprend que les pires démons sont ceux qu’on refuse d’affronter, ceux qui nous condamnent au silence. Bientôt un vrai drame va se produire, ce n’est qu’une question de temps. 
Récipiendaire du prix du jury AQCC à la dernière édition du FNC, Philippe Lesage semble promis à un bel avenir. Tous les acteurs sont convaincants, en particulier les enfants dont le jeu et les dialogues sonnent juste. Il faut toutefois s’attendre à quelques longueurs et l’ensemble apparaît un peu didactique, comme c’est souvent le cas pour un premier film de fiction. Certaines scènes sont cependant franchement réussies, à la fois drôles et subtiles. Les relations entre frères et sœurs sont dépeintes avec une authenticité remarquable tandis que le comportement des adultes est ambivalent à souhait. Toutes ces fines observations empêchent cependant la fiction de trouver sa propre respiration. La réflexion n’en reste pas moins valable et pertinente: loin d’être un film pour enfant, Les Démons dresse un portrait aussi réaliste que sombre de la nature humaine et de ses rites de passage.
L'avis de la rédaction :

Sébastien Veilleux: ***
Jean-Marie Lanlo: **
Martin Gignac: ****
Miryam Charles: **½
Olivier Maltais: ***½
 

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