Race (10 secondes de liberté) **

19 février 2016

Août 1936, Berlin. Devant un parterre rassemblant des Nazis et leur chef suprême Adolf Hitler, le jeune coureur afro-américain Jesse Owens triomphe aux Jeux olympiques, récoltant pas moins de 4 médailles d’or… Un mythe est né.

Réalisateur : Stephen Hopkins | Dans les salles du Québec le 19 février (Séville)

À l’heure où la question raciale revient hanter l’actualité américaine, il était plus qu’intéressant de voir ce que Stephen Hopkins allait faire de l’histoire de Jesse Owens, empreinte de courage, de dépassement de soi et de triomphe américain... tant d’éléments dont le genre (biopic) est friand. Le projet, prometteur, se concentre sur une brève mais importante période de la vie de Owens (les années 33-36), qui allie sport et politique sur fond de nazisme et de ségrégation.
À l’arrivée, Race se révèle pourtant un biopic convenu et académique. Certes regardable, le film empile tous les automatismes et les recettes éprouvées du genre (la musique emphatique, le Blanc aux idées progressiste, la femme compréhensive, l’outsider noir des quartiers pauvres dont la grande détermination et les prouesses l’élèveront au rang de héros mondial...) dans un ramassis de scènes orchestrées avec un simplisme ahurissant et un minimum de conviction. Malgré des performances engageantes de la part de ses acteurs, Race compte sur la réalisation anonyme et bancale de Hopkins (les rares moments de course sont platement filmées et échouent à sonder l’énergie et la performance physique qui s’y joue). Admiratif des faits qui lui sont racontés, le spectateur a l’étrange impression de voir se dérouler devant lui un programme de vulgarisation sur les grandes lignes officielles de la vie de Jesse Owens. On saute de la dépression ou du racisme états-unien des années 30 à la montée du nazisme à Berlin, pour passer par une hâtive leçon de cinéma (la collaboration entre la cinéaste allemande Leni Riefenstahl et Joseph Goebbels, évoquant le Inglourious Basterds de Tarantino), mais l’ensemble est pauvrement mené.
Nous ne doutons pas de l’honnêteté des intentions des instigateurs du projet. Cependant, nous aurions aimé voir une œuvre biographique à l’instar du Ali de Michael Mann par exemple, c'est à dire un film moins consensuel, moins figé dans le factuel, capable d’offrir un point de vue personnel, une vraie proposition de cinéma… c'est à dire un film qui fasse honneur à la grandeur et la défiance d’Owens et non un timide téléfilm du dimanche!
 

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