Cinémathèque québécoise: Une histoire de l’érotisme.

5 juillet 2016

(à la cinémathèque québécoise du jeudi 7 juillet au mercredi 31 août 2016)

En juillet et août 2016, la Cinémathèque québécoise va se faire un peu plus coquine qu’à l'accoutumée en nous proposant une histoire de l’érotisme répartie en 105 séances, allant du relativement sage au beaucoup plus hard.
Le meilleur moyen de faire votre choix est de visiter le site de la cinémathèque, mais les plus sages de nos lecteurs auront peut-être besoin d’aide. Nous vous conseillons donc 15 films que nous aimons, en essayant de respecter au mieux la diversité de la programmation (celle-ci n’étant pas uniquement composée de chefs-d’oeuvre, nous ne choisirons pas non plus les 15 meilleurs films). Nous commencerons cette petite liste en mettant de l’avant quelques œuvres alliant qualités cinématographiques et mise en valeur d’actrices jouissant d’une place à part dans l’imaginaire des cinéphiles érotomanes.

* Non seulement Loulou (Die Büchse der Pandora) de Georg Wilhelm Pabst est un des meilleurs films de son réalisateur, mais il permet également à Louise Brooks d’offrir une de ses plus belles prestations: deux raisons pour ne pas le manquer.
Catherine Deneuve (Belle de jour)
* Les chemins de Luis Buñuel et de Catherine Deneuve se sont croisés à plusieurs reprises, mais une des rencontres les plus mémorables eut lieu à l’occasion de Belle de jour, qui permet à une jeune bourgeoise de meubler ses après-midi libres en devenant prostituée pour des clients aux mœurs souvent étranges.
* Le regard caméra de Harriet Andersson à la fin de Monika (Sommaren med Monika) d’Ingmar Bergman n’a pas laissé indifférents certains critiques / cinéphiles comme Jean-Luc Godard, qui le considérait à l’époque comme «le plan le plus triste de l'histoire du cinéma». Est-ce toujours le cas 60 ans après? La Cinémathèque vous donnera une belle occasion de répondre à cette question en toute connaissance de cause.
* En demandant à Jean-Claude Carrière d’adapter Milan Kundera, Philip Kaufman permettait à Juliette Binoche (qui avait déjà joué dans le Mauvais sang de Carax) de devenir une actrice majeure de la scène internationale. Le sulfureux The Unbearable Lightness of Being permet également à son réalisateur de signer son meilleur film.
* Moins intéressant cinématographiquement, Ekstase de Gustav Machaty (1933) l’est cependant d’un point de vue anecdotique. On y voit en effet l’actrice Hedy Kiesler dans son plus simple appareil… ce que sa future carrière américaine (sous le nom d’Hedy Lamarr) ne permettra plus!
* Dans le domaine de l’intérêt extra-cinématographique, Valérie de Denis Héroux n’est pas non plus à négliger. Non seulement il permit à son réalisateur (futur producteur majeur de notre cinématographie) de connaître son premier grand succès public, mais il lui donna surtout l’occasion d’être le premier à déshabiller la petite Québécoise… ce qui n’est pas rien!
* Nous retrouvons Danielle Ouimet (qui incarne une nouvelle Valérie après avoir été celle de Denis Héroux) dans un nanar fantastico-érotico-intello comme on n’en fait plus. Les lèvres rouge, d’Harry Kümel permet à notre jolie Québécoise de fréquenter de très près la mythique Delphine Seyrig, qui incarne une Élisabeth Báthory des temps modernes évoluant dans un Ostende moribond.
Myriam Mézières (Change pas de main)
* Toujours au rayon des films comme on n’en fait plus, nous vous conseillons un des chefs-d’oeuvre du cinéma hardcore français de la période pré-X avec Change pas de main, de Paul Vecchiali, qui nous entraîne dans un thriller improbable où se côtoient sans complexe Myriam Mézières, des rapports homosexuels masculins explicites et de la nécrophilie. Les amateurs de comédies parodiques porno sont priés d’aller voir ailleurs!
* Par contre, les amoureux du porno français de l’âge d’or pourront approfondir leur connaissance du sujet avec le très instructif documentaire de Jean-François Davy, Les pornocrates. Cette programmation est d’autant plus intéressante qu’on y entend (entre autres) Paul Vecchiali parler de Change pas de main! L’auteur de ces lignes se réjouira d’y retrouver son idole de jeunesse, le toujours sympathique Richard Allan, également connu sous le charmant surnom de Queue de béton!
* Dans la continuité, la Cinémathèque nous rappelle que le début des années 70 était la période de tous les possibles en matière de sexualité grâce au Dernier tango à Paris (Last Tango in Paris) de Bernado Bertolucci. Avec une superstar comme Marlon Brando et une plaquette de beurre, le cinéaste italien a fait une petite cuisine devenue culte. Mais il ne faudrait pas réduire le film à cette scène: Last Tango in Paris est avant tout un grand film, que tout cinéphile se doit d'avoir vu.
* Toujours au rayon des grands films, il ne faudra pas passer à côté du peut-être moins prestigieux mais tout aussi excellent Deep end (Jerzy Skolimowski) qui devrait enchanter les amoureux de cinéma... même s’ils ne sont pas adeptes de bains publics.
* La Cinémathèque a également pensé aux amateurs de SM chic tendance intello grâce à La belle captive (Alain Robbe-Grillet). Le film (parfois sous-estimé) n’est peut-être pas le meilleur Robbe-Grillet de la sélection, mais il nous permettra d’apprécier à la fois l’actrice québécoise Gabrielle Lazure et la superbe photo d’Henri Alekan.
* Au rayon des curiosités, le cycle propose également Abe Sada ou L'Emprise des sens (Jitsuroku Abe Sada) de Noboru Tanaka, film visuellement sublime, inspiré du fait divers qui a inspiré un autre film japonais moins avare en pilosité pubienne. Pour ne pas faire d’ombre à notre conseil, nous ne citerons pas son double prestigieux (également au programme de la rétrospective)… même si le lecteur cinéphile sait probablement de quel titre il s’agit!
Aomi Muyock et Karl Glusman (Love)
* Enfin, la Cinémathèque permettra aux retardataires de voir en salles quelques films plus ou moins sulfureux projetés dans nos salles ces derniers mois. Nous en citerons deux, qui méritent amplement d’être redécouverts: La chambre bleue (Mathieu Amalric) et Love (Gaspard Noé).

Nous sommes conscient que ce court aperçu, qui se veut représentatif de la diversité de la programmation, en frustrera certains. Pour les rassurer, nous conclurons en nommant 10 grands cinéastes oubliés dans cette présentation. De Chantal Akerman à Gregg Araki, de Wong Kar-wai à Abel Gance, de Rainer Werner Fassbinder à Nagisa Ōshima (voir plus haut!), de Xavier Dolan à Abdellatif Kechiche ou de Stanley Kubrick à Gérard Kikoïne (eh oui!), il y aura en effet du beau monde à l’affiche de la Cinémathèque cet été!
Cinéphiles, curieux ou érotomanes (si vous êtes les trois, c’est encore mieux), vous savez donc ce qu’il vous reste à faire!
 

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