Écartée ***½

30 septembre 2016

En échange d’une compensation financière, un couple accepte qu’une jeune cinéaste s’installe chez lui afin de filmer son quotidien.

Réalisateur : Lawrence Côté-Collins | Dans les salles du Québec le 30 septembre 2016. (Les Films du 3 mars)

Spécialiste des courts métrages (elle en a réalisé une quarantaine ces 12 dernières années), on attendait avec impatience le moment où Lawrence Côté-Collins allait faire le saut vers le long. C’est chose faite avec Écartée où elle conserve cet esprit punk qui la caractérise tant, sa passion pour les textures vidéo, son goût prononcé pour les dialogues et les défis de production (budget dérisoire, équipe réduite, recours à l’improvisation, etc.).
Dans la lignée du cinéma de Robert Morin, de Rechercher Victor Pellerin de Sophie Deraspe et du récent Mon ami Dino de Jimmy Larouche, Écartée reprend les codes du documentaire pour les appliquer à la fiction. Il s’agit d’un travail sur le vrai et le faux qui, sans être toujours original, trouve le cadre idéal pour fonctionner: celui du huis clos, de la critique sociale et de l’humour qui coule à flots). Il pourrait même y en avoir davantage tant le regard n’épargne rien ni personne (il est notamment question de la téléréalité, de cette obsession de tout toujours filmer et des conséquences sur la vie privée). Mention spéciale au « vrai monde » qui ne pense qu’aux casse-tête 3D et à aller nager avec les dauphins dans un tout inclus.
Ce côté ludique se heurte constamment à une gravité qui apparaît en filigrane au fil de dialogues révélateurs. Ce qui débute dans un climat de farce se mue peu à peu en quelque chose de plus inquiétant. Cette tension perdure jusqu’à la finale - certes attendue mais assez efficace - qui ne lésine pas sur les émotions.
Le choix de comédiens qui en sont souvent à leur première expérience de tournage porte fruit parce que le concept est le bon : ils n’ont pas toujours à être justes face à ce l'évocation du réel. Même son de cloche pour la technique qui explose au visage : la caméra étourdissante donne l’impression d’être trimballée dans la maison et si quelques effets semblent posés, on finit par être happé par ces plans souvent ingénieux. Encore là, ce n’est pas la quête de la perfection et du beau qui est souhaitée, mais bien celle du vrai.
Maîtrisé malgré son côté broche à foin, plus profond qu’il n’y paraît, Écartée s’avère une belle surprise du champ gauche. Jusqu’à maintenant, il s’agit du film québécois le plus hilarant de la cuvée 2016.
L'avis de la rédaction :

Martin Gignac: ***½
Jean-Marie Lanlo: **½
 

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