Cinemania 2016 : Nocturama **½

5 novembre 2016

(Réalisateur: Bertrand Bonello)

Le dernier film de Bertrand Bonello pose un problème majeur à celui qui doit écrire à son sujet (surtout lorsque la politique éditoriale impose l'attribution d'une note!). D'une part en effet, il s'agit d'un chef-d'oeuvre si on ne prend en compte que certains aspects de la mise en scène. D'autre part, pour tout le reste, il s'agit d'un navet qui montre à quel point Bonello ne comprend rien à notre époque et ferait mieux de continuer à regarder vers le passé pour le déformer à sa guise avec un certain talent.
Il est d'ailleurs difficile de comprendre pourquoi Bonello n'a pas cru bon poursuivre sur la lancée des premières minutes presque non dialoguées de son film. Celles-ci s'enchaînent chronologiquement, de manière assez froide, superbement mises en scène, et ne cherchent jamais à expliquer ou justifier quoi que ce soit. Son sens du cadre, de l'espace, du rythme, de la musique, de la direction corporelle des acteurs: tout est impressionnant. Malheureusement plus le film avance, plus Bonello essaie de l'ancrer dans le réel en faisant référence à des éléments sociétaux... et plus il témoigne de son incompréhension du monde.
Alors qu'un recours à une certaines abstraction et une distance avec le réel l'aurait sauvé (en plus d'être très cohérent puisque ses personnages sont justement déconnectés du réel), Bonello ne fait que renforcer son incapacité à en rendre compte en raison d'incohérences se multipliant de manière exponentielle. En s'éloignant de toute référence avec la France de 2016, ces incohérences auraient pu donner au film un ton mystérieux, hors du temps, voire inquiétant ou dérangeant, en adéquation parfaite avec le travail formel effectué par Bonello.
Malheureusement, l'angle d'attaque choisi ne fait que renforcer une évidence: Bonello ne comprend visiblement ni le monde et ses enjeux politiques ou idéologiques, ni les gens qui le peuplent! Et qu'on n'ose pas dire que le film a été écrit avant les attentats de 2015 à Paris. Même s'il était sorti il y a 4 ans, nous aurions fait le même constat (il est cependant vrai que l'actualité récente ne fait que confirmer nos réserves).
Que Bonello retourne jouer avec son imaginaire du passé, et qu'il laisse le présent à ceux qui le comprennent. Surtout, qu'il le fasse avec les mêmes qualités de mise en scène que sur Nocturama, qui sont, répétons-le, exceptionnelles. Ce sera mieux pour tout le monde.
L'avis de la rédaction :

Jean-Marie Lanlo: **½
Olivier Maltais: ***
 

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