Ceux qui font les révolutions à moitié n'ont fait que se creuser un tombeau **½

3 février 2017

Quatre ans après la grève étudiante québécoise de 2012, quatre jeunes marginaux décident de poursuivre la lutte contre l’ordre établi en commettant des actes de vandalisme et des actions terroristes à Montréal.

Réalisateur: Mathieu Denis et Simon Lavoie | Dans les salles du Québec le 3 février 2017 (K-Films Amérique)

Cinq ans après Laurentie, les cinéastes Mathieu Denis (Corbo) et Simon Lavoie (Le déserteurLe torrent) se réunissent à nouveau pour une oeuvre plus engagée et politisée, mais tout aussi dérangeante que leur premier effort collectif. En digne héritier postmoderne de Gilles Groulx (Le chat dans le sac) et de Jean-Luc Godard, le duo propose un film diversiforme artistico-politique d’une durée d’un peu plus de trois heures! En mélangeant la musique, la peinture et la scène théâtrale, cette oeuvre fort ambitieuse et exigeante tient aussi bien du cinéma expérimental que du film d’art et essai.
À l’aide d’extraits de vidéos d’actualités et de citations diverses (de Socrate à Jean-Paul Sartre en passant par Rosa Luxembourg, Gaston Miron et beaucoup d'autres), les cinéastes tirent sur tout ce qui bouge et dénoncent foncièrement le néolibéralisme. Entre la provocation (les protagonistes qui récitent des textes et citations complètement nus) et la prétention (le titre est une citation de Saint-Just, pour un parallèle entre le Printemps érable et la Révolution française?), la ligne est bien mince. Le bilan sur l’avenir de la société québécoise - perçue à la fois comme immuable et conformisme - est d’un pessimisme pesant alors que le recours à la violence comme vecteur de changement est tout aussi radical que simpliste. En fin de compte, le film agace davantage qu’il crée une polémique ou conscientise.
Malgré les nombreuses réserves sur le contenu, la facture visuelle est plutôt soignée. On retiendra quelques plans nocturnes magnifiques et le recours régulier au cinémascope. Il faut aussi saluer l’audace des quatre comédiens principaux. Peu connus, ils se sont particulièrement investis dans leurs rôles. Enfin, deux ou trois scènes amusantes (notamment la scène de l’épilation pubienne d’un transgenre filmée en plan-séquence) retiennent aussi l’attention et allègent un peu la lourdeur d'un film qui n'est pas à la hauteur de ses aspirations.

L'avis de la rédaction :

Pascal Grenier: **½
Jean-Marie Lanlo: **
Martin Gignac: ***½
Olivier Maltais: ***½

Le scénario du film, qui inclut notamment la note d'intention et une conversation entre les réalisateurs, est disponible chez Flammarion Québec.
 

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