Cinemania 2017: Happy End ****

7 novembre 2017

Réalisateur: Michael Haneke

Cinq ans après les nombreuses récompenses et l’Oscarisé Amour, Michael Haneke revient à ses nombreuses obsessions et thématiques sur la famille bourgeoise occidentale avec Happy End. Un accident mortel sur un chantier est ici le catalyseur d’une désintégration de la cellule familiale pour les Laurent, une famille de bourgeois qui dirige une société immobilière à Calais.
Les secrets de famille sont un des thèmes chers au cinéaste, et chaque membre des Laurent cache un secret inavouable. À mesure que l’intrigue se développe et que certains secrets sont dévoilés, le public devient en quelque sorte le miroir des phobies et le témoin des névroses de ses personnages. Moins violent ou insoutenable que certains de ses précédents films, cette violence est sous-jacente et sa représentation prend une apparence ordinaire ou sans motif et ajoute au sentiment d’inconfort senti dès le premier plan du film (l'écran d’un téléphone intelligent - filmé en caméra subjective - qui place le spectateur en position de voyeur alors qu’au loin un personnage fait ses soins de toilette de fin de soirée. Ces faits et gestes épiés à distance sont commentés par textos et ajoute au sentiment de malaise).
On peut voir Happy End comme un film somme et un prolongement des thèmes récurrents dans l'œuvre de Haneke. Ses détracteurs pourront certes lui reprocher de se répéter, mais le cinéaste réussit toujours à nous bouleverser et à provoquer en nous des réactions émotives. Sa mise en scène épurée est d’une précision chirurgicale et son montage organique assume ses transitions parfois brutales. Cette radiographie de la cellule familiale bourgeoise, de ses rouages et de son fonctionnement est aussi le reflet de la fin d’une civilisation archaïque de notre société moderne.
Mais ce qui surprend surtout dans ce nouveau jeu de massacre, c'est la façon dont le cinéaste autrichien allie les névroses refoulées de ses personnages et la satire sociale. Avec comme toile de fond la crise des migrants, l’humour noir est omniprésent - notamment une séquence anthologique dans un karaoké - et le constat final est aussi étonnant que réjouissant.
 

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