9 mars 2018

Chien de garde ***½

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JP et Vincent sont deux frères aussi différents qu’inséparables, collecteurs pour leur oncle Danny (Paul Ahmarani), gérant d’un cartel dans le quartier montréalais de Verdun. Tout bascule le jour où celui-ci fait une demande à JP qui viendra bouleverser l’équilibre que le jeune homme tente de trouver.

Réalisatrice: Sophie Dupuis | Dans les salles du Québec le 9 mars 2018 (Axia)

Son nom est sur toutes les lèvres, dans trois films en salle ce mois-ci et il n’a visiblement pas échappé au flair de Sophie Dupuis... au grand bonheur des cinéphiles puisque le talent monstre de Théodore Pellerin crève l’écran dans ce premier long-métrage de la réalisatrice valdorienne. Après s’être immiscé dans la peau d’un adolescent en fugue (Ailleurs), d’un jeune frère à fleur de peau réuni avec sa sœur (Isla Blanca), le jeune acteur combine les deux dans le rôle de Vincent, jeune adulte hyperactif en proie à des crises de violence aiguës, baigné dans une relation fusionnelle avec sa mère Joe (Maude Guérin) et son grand frère JP (très juste Jean-Simon Leduc).
Même si Sophie Dupuis n’en est pas à son coup d’essai après de nombreux courts-métrages remarqués (J’viendrai t’chercher, Si tu savais Rosalie, Félix et Malou, Faillir), c’est une entrée en la matière explosive et pour le moins assumée pour la cinéaste qui recrée une ambiance à l’image du protagoniste cadet. Si elle adopte le point de vue du grand frère terre à terre, sa caméra demeure brutale, se calant parfaitement sur le comportement imprévisible et nerveux de Vincent, personnage le plus symbolique du paradoxe sensibilité/férocité émergeant de Chien de garde.
Constamment au bord du dérapage, le film maintient une tension palpable en osmose avec l’incroyable jeu de Pellerin sur le regard de Vincent, tantôt glacial tantôt intense et bestial. Derrière la folie furieuse, Dupuis récupère les résidus d’humanité.
Sur une musique originale des Dead Obies, chacun se fracasse en tentant de garder la tête hors de l’eau, les différents angles du petit appartement de Verdun impliquant un retour sans fin au cercle vicieux de la violence. À travers un rythme effréné parfois répétitif mais jamais lourd avec lequel tranchent quelques plans colorés décuplés au ralenti, Sophie Dupuis questionne la part de déterminisme dans ce quotidien d’un microcosme que les personnages n’ont qu’en partie choisi.
L'avis de la rédaction :

Ambre Sachet: ***½
Jean-Marie Lanlo: ***½
Martin Gignac: ***
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