11 janvier 2019

★★★★ | La guerre froide / Cold War (Zimna wojna)

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Réalisé par Pawel Pawlikowski | Dans les salles du Québec le 11 janvier 2019 (Métropole)
Quelques années après Ida, le cinéaste polonais Pawel Pawlikowski nous revient avec un film qui partage avec le précédent certaines caractéristiques (un amour pour le noir et blanc et une tendance à cadrer un peu haut certains plans sont les plus caractéristiques). Cependant, le cinéaste maîtrise beaucoup plus son scénario (et l'art de l'ellipse). Il atteint ici un niveau d'excellence qui classe Cold War parmi les grandes réussites de l'année 2018. 
En à peine plus d'1h20 (si l'on fait abstraction du générique final), Pawlikowski nous entraine dans une histoire d'amour de 30 ans, en pleine guerre froide, entre la Pologne fraichement soviétisée et le Paris jazzy d'après-guerre. De l'appropriation d'une culture populaire par un régime totalitaire au sentiment de liberté retrouvé après des années de privation et d'occupation, de la fougue d'un amour naissant à l'évidence d'un amour qui résiste aux difficultés de la vie et du temps qui passe, Pawel Pawlikowski nous permet de ressentir et de comprendre, souvent uniquement en un plan. Le scénario (justement récompensé à Cannes l'an dernier), très épuré, qui touche toujours juste en n'abordant que ce qui est essentiel (c'est-à-dire bien souvent des petits détails) et en se séparant du superflu (c'est-à-dire des moments trop explicatifs), permet au film d'être toujours incisif. Il permet surtout au spectateur de comprendre tout sans qu'on ne lui impose rien, de ressentir les émotions des personnages avec une facilité impressionnante.
Cependant, ne nous méprenons pas. Si l'écriture donne un tel résultat, c'est parce qu'elle est soutenue par un travail de reconstitution et de mise en scène qui frôle la perfection. Jamais en effet la reconstitution historique ne vient phagocyter les personnages. Elle vient toujours soutenir l'épure scénaristique en aidant le spectateur à percevoir d'emblée une époque, une société. La mise en scène au sens très large (direction d'acteur, composition des plans, utilisation du noir et blanc) joue le même rôle. Le noir et blanc renforce certains contrastes qui jouent un rôle descriptif essentiel (insouciance ensoleillée, grisaille, libération nocturne, rigidité soviétisée, etc); l'attention que porte le réalisateur à ses acteurs permet à un visage ou une posture de remplacer plusieurs lignes de dialogues ou d'explications psychologiques... Par la même occasion, comme par enchantement cinématographique, un scénario faussement simple et une image faussement esthétisante s'associent pour parvenir à l'essentiel : nous faire croire à une époque, à des lieux, à des êtres et à un amour improbable. 
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