25 septembre 2020

★★★½ | La déesse des mouches à feu


Réalisation: Anaïs Barbeau-Lavalette | Dans les salles du Québec le 25 septembre 2020 (Entract Films)

Soyons honnêtes. Jusqu’ici, les longs métrages de fiction d’Anaïs Barbeau-Lavalette ne nous avaient pas convaincus. Certes, la cinéaste avait le grand mérite de regarder aussi bien ici (Le ring) qu’ailleurs (Inch'Allah), mais son écriture scénaristique laissait grandement à désirer et confondait trop souvent qualités artistiques et bons sentiments. (Nous précisons scénaristique... il n’est bien évidemment pas question des autres formes d’écriture qu’affectionne Barbeau-Lavalette.)
Autant dire qu’avec La déesse des mouches à feu, nous avions quelques inquiétudes puisqu’elle ajoutait à nos craintes passées de possibles écueils où plus d’un·e·s ont échoué (adaptation d’une œuvre littéraire aux qualités reconnues; film sur l’adolescence nous confrontant à la sainte trinité à haut risque (phase rebelle; découverte des substances illicites; conflits avec des parents qui sont eux-mêmes en conflit entre eux).
Et pourtant... pour notre plus grand plaisir, Barbeau-Lavalette évite un grand nombre de pièges potentiels et nous livre un bon film. Le scénario de Catherine Léger y est pour beaucoup. Délaissant les lourdeurs trop souvent imposées (explications psycho-socio-généalogico-jenesaisquoi de chaque action), il va à l’essentiel, élimine le superflu, et parvient aussi bien à dresser le portrait d’une jeune femme qui se cherche et d’un groupe d’amis (qui ne sait pas trop non plus où il va!) qu’à traiter des sujets d’un simple plan (une amie d’hier qui sort de sa vie, parce que la vie est ainsi faite) ou avec une intelligence rare (a-t-on déjà aussi bien parlé de suicide au cinéma en si peu de mots et d’images?). En osmose parfaite avec sa scénariste, Anaïs Barbeau-Lavalette nous offre une mise en scène qui possède à la fois la fougue de la jeunesse, la délicatesse de la cinéaste et de vraies propositions jamais affectées. Le sens de l’observation de Barbeau-Lavalette (évident depuis son premier film) peut alors s’exprimer pleinement.
Grâce à la parfaite union de ces deux talents, mais également aux talents de l’ensemble des comédien·ne·s (impeccables), La déesse des mouches à feu fait figure de grande réussite. À ce jour, LE film québécois à voir en 2020... sans le moindre doute!
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