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31 mai 2024

★★★ | Bonnard, Pierre et Marthe

★★★ | Bonnard, Pierre et Marthe

Réalisation: Martin Provost | Dans les salles du Québec le 31 mai 2024 (Sphère Films)
Le réalisateur du sublime Séraphine dresse un portrait vibrant de la relation entre le peintre Pierre Bonnard et Marthe de Méligny, la femme qui deviendra sa muse. En choisissant de ne pas idéaliser la figure de l’artiste, Provost met en scène ce couple dans toute sa complexité, aussi bien dans la vie que dans le travail.
Le film nous happe visuellement par ses choix artistiques et par l’importance accordée à l’acte de peindre. Même un public qui ne connaît pas Bonnard ou qui a peu de connaissances en histoire de l’art pourra y trouver son bonheur. Bonnard, Pierre et Marthe est une œuvre qui prend son temps, nous présentant avec patience le peintre, l’homme, la femme, la muse et surtout les peintures, sans oublier le contexte historique soigneusement dépeint. Le film ne nous montre pas un artiste en vase clos, mais le situe en relation avec ses contemporains, faisant bien ressentir le désir de révolution artistique qui habitait Bonnard. À travers le film, on passe beaucoup de temps à voir un homme peindre, nous permettant de découvrir ou redévouvrir le grand talent de l’artiste.
Le lien fort et trouble entre Bonnard et sa muse est magnifiquement interprété par Vincent Macaigne et Cécile de France, qui traversent le film tout en nuances.
Malgré les éléments plus dramatiques, il émane de Bonnard, Pierre et Marthe une certaine douceur, probablement liée à l’acte de création. Le film nous laisse avec une envie de nous entourer d’art, une envie d’aimer.

29 mars 2024

★★★ | Hôtel silence

★★★ | Hôtel silence

Réalisation: Léa Pool | Dans les salles du Québec le 29 mars 2024 (Les films Opale)
Adaptation du roman Ör de Auður Ava Ólafsdóttir, Hôtel silence met en scène un homme ayant perdu le désir de vivre et laissant tout derrière lui pour se rendre dans une zone de guerre afin de mettre fin à ses jours.
Sébastien Ricard incarne avec nuance Jean, cet homme au bord de sa vie. Il fait le voyage avec très peu de biens; quelques vêtements et surtout ses outils qui serviront à l'exécution de son plan. Il souhaite en finir rapidement. Cependant, et peut-être malgré lui, il fera la connaissance de survivants de la guerre. Hôtel silence est l’histoire d’une rencontre. Celle entre le désespoir d’un homme et la force immuable des survivants du village. Sur place, Jean devient un peu l’homme à tout faire. Avec ses outils, il répare ici et là des habitations délaissées depuis la guerre.
La réalisatrice Léa Pool évite la voie facile du sensationnalisme que l’on retrouve souvent dans les films qui abordent la violence de la guerre. Le film ne cherche jamais à nous choquer avec des images graphiques ou à nous exposer gratuitement la misère humaine. On se retrouve devant des êtres qui ont connu l’horreur et qui souhaitent par-dessus tout rebâtir leur présent. Ce désir très fort d’un futur meilleur est l’étincelle dont Jean a besoin. Graduellement, il retrouve son désir de vivre.
Aux côtés de Sébastien Ricard, on notera la belle performance de Lorena Handschin dans le personnage de Ana. Elle incarne avec douceur une telle force de la vie. Avec Hôtel Silence, Léa Pool nous offre une réflexion sensible sur les effets de la guerre sans jamais s'embourber dans les débats politiques. Le conflit ou la zone de guerre en question pourrait être un peu partout dans le monde. Même si le film raconte l’histoire d’un homme face à sa détresse, on en ressort avec le sentiment que Hôtel Silence est d’abord et avant tout une ode à la résilience des femmes.

25 janvier 2024

★★★½ | La salles des profs / The Teacher’s Lounge (Das Lehrerzimmer)

★★★½ | La salles des profs / The Teacher’s Lounge (Das Lehrerzimmer)

Réalisation Ilker Çatak | Dans les salles du Québec le 26 janvier 2024 (Métropole Films Distribution)
Une enseignante dédiée tente de découvrir la vérité sur une série de vols qui ont lieu à son école. Sans réel soutien de ses collègues, de la direction ou des parents, elle se lance dans une croisade dont elle ne ressortira pas indemne. À la fois drame social et suspense, le film joue avec brio sur cet équilibre de genres. Alors qu’une enquête se déroule sous nos yeux, on assiste également à une critique d’un système scolaire souvent rigide.
La force du film se trouve dans l’interprétation de Léonie Benesch qui incarne avec nuance une enseignante idéaliste qui ne veut que le bien de ses élèves et de sa communauté. Plus on avance dans le film, plus elle sera confrontée à ses idéaux. Ses doutes deviennent nos doutes. On se demande si au final, elle fait partie du problème ? Le désir aveugle de justice a probablement un prix. L’école devient alors le reflet d’un problème plus large de société.
Le film brouille les cartes entre les notions de bien et de mal, héros et antihéros et pose des questions morales sans pour autant prendre partie. On ressort de cette expérience cinématographique confrontés à nos propres idéaux. Et si finalement, on faisait aussi partie du problème?

1 juin 2023

★★★ | La nuit du 12

★★★ | La nuit du 12

Réalisation : Dominik Moll | Dans les salles du Québec le 2 juin 2023 (Cinéma du Parc)
La nuit du 12 nous plonge dans les dessous d’une enquête policière. La nuit du 12, Clara rentre chez elle. Sur la route, elle est brûlée vive. Par qui ? Pourquoi ? On ne sait pas. L’enquête n’est toujours pas résolue. Le film s’ouvre d’ailleurs sur des statistiques de nombreux crimes non résolus en France. Il n’y a aura pas de résolution. Par contre, le film dressera un constat lié à la condition des femmes ou plutôt aux rapports violents des hommes envers les femmes.
Présenté l’an dernier au Festival de Cannes, le film de Dominik Moll est basé sur des faits réels que Pauline Guéna a adaptés en roman. Cette dernière a d’ailleurs collaboré au scénario. Le film met en lumière le travail d’une équipe d’enquêteurs qui tenteront de découvrir la vérité sur ce crime atroce. Dès l’entrée en matière, le cinéaste prend le parti de s’éloigner de tout ce que l’on a l'habitude de voir dans les films ou de les séries d’enquêtes (refusant par le fait même les influences de la série policière ou du true crime). Le rythme est lent et méthodique. Moll évite les effets sonores chocs ou la musique qui force les tensions dramatiques. Il nous plonge dans le quotidien, où la banalité du travail croise la violence de la tragédie.
Ce qui fait la force du film est certainement la position féministe, pleinement assumée. Une équipe d’hommes enquêtent sur le meurtre d’une femme et sont confrontés à leurs préjugés et à leur biais. Il y a d’ailleurs un moment très fort entre une jeune recrue qui confronte le chef d’équipe sur le fait que les hommes commettent des crimes et que ce sont aussi les hommes qui font la police.
La nuit du 12 est une œuvre qui nous habite longtemps après l’avoir vue, pour ses qualités cinématographiques, mais surtout pour ses qualités humaines.

16 décembre 2022

★★★½ | Geographies of Solitude

★★★½ | Geographies of Solitude

Réalisation : Jacquelyn Mills | Sortie dans les salles du Québec le 16 décembre 2022 (Eyesteel Films)
Présenté lors de la dernière édition de la Berlinale, où il a remporté plusieurs prix, Geographies of Solitude de Jacquelyn Mills est une impressionnante immersion cinématographique. Avec une sensibilité et une écoute hors du commun, la cinéaste va à la rencontre de Zoe Lucas, une artiste reconvertie en naturaliste, qui tente de préserver l'équilibre naturel de l'île de Sable (île au large de la côte de la Nouvelle-Écosse).
Armée d'une caméra 16mm, la cinéaste propose un double portrait: celui du territoire ainsi que celui de la femme qui l'habite depuis des années. Le film se déploie à la manière d'une expérience visuelle et sensorielle. On a presque l'impression d'explorer le lieu en temps réel, et ce, malgré la structure narrative qui est tout sauf linéaire. On se retrouve à la limite entre l'errance et une visite guidée. On pourra entendre par moment des bribes de conversations entre la cinéaste et Lucas ou la voix de la protagoniste enregistrée lors de conférences pendant lesquelles elle explique la méthodologie derrière son travail (qui est en soi très tactile).
Cette matérialité du geste et des rituels se retrouvent dans la technique utilisée pour tourner le film. La cinéaste a fait le choix d'exposer, d'enterrer et de développer une partie de la pellicule avec des éléments naturels de l'île, ce qui engendre des images hors du commun.
Malgré la beauté des paysages et de la faune, on demeure à l'opposé du film carte postale. On soulignera d’ailleurs la précision du montage et de la bande sonore qui donnent vie à l'île tout en nous révélant l'importance du travail qu'accompli Lucas. Geographies of Solitudes est impossible à fixer dans le temps. On se réfère à la fois au passé, au présent et à l'avenir en soulevant des réflexions pertinentes sur notre responsabilité face à la crise environnementale.

14 juillet 2022

★★★ | La croisade

★★★ | La croisade

Réalisation : Louis Garrel | Dans les salles du Québec le 15 juillet 2022 (Maison 4:3)
Avec sa plus récente offrande cinématographique, Louis Garrel met en scène de manière sensible un film dont il signe aussi la coscénarisation. La croisade pose un regard à la fois lucide et ludique sur des thèmes et des enjeux universels. On se retrouve donc devant le sort de la planète qui est en jeu. Il faut absolument la sauver. Qui de mieux que des enfants pour y parvenir.
Sans jamais tomber dans la condescendance ou dans un regard moralisateur, Garrel met en scène une charmante fable à saveur écologique. Le réalisateur parvient à créer des parallèles entre la situation critique que nous vivons présentement de manière collective sans jamais oublier qu’il doit aussi divertir son public. La jeunesse prend en charge le futur de la planète en tentant de faire une révolution de manière peu commune. Ici il n’est pas tant question d’accuser les plus vieux, même si on comprend les nombreux sous-entendus face à l’inaction des générations précédentes.
Le réalisateur a un certain don pour diriger les plus jeunes. On s’attache rapidement à eux ainsi qu’à leurs convictions. On les suivrait jusqu’au bout du monde pour nous aussi faire partie de ceux qui vont faire une différence. Au final, La croisade est une œuvre divertissante qui fait sourire plus d’une fois mais malgré tout, on ne peut s’empêcher de penser qu’il s’agit d’un cri du cœur, d’un appel à l’action. Pour un présent et inévitablement un futur meilleur.

1 avril 2022

★★★½ | Le genou d'Ahed / Ahed's Knee (Ha'berech)

★★★½ | Le genou d'Ahed / Ahed's Knee (Ha'berech)

Réalisation Nadav Lapid | Dans les salles du Québec le 1er avril 2022 (Cinéma Du Parc)
Une route pluvieuse, une motocyclette file à toute vitesse. Sous le casque, une jeune femme qui se rend à une audition pour interpréter le rôle d’Ahed, adolescente qui a osé défier les forces armées israéliennes.
Le genou d'Ahed nous donne l'impression d'explorer une proposition déjà vue maintes fois au cinéma. Celle du film dans le film et du créateur qui doit lutter contre les conditions difficiles afin de créer une œuvre à la hauteur de ses ambitions. Nadav Lapid détourne rapidement et habilement les attentes en livrant une chronique incisive sur la relation entre l'artiste et l'État. À travers l'apparent cynisme du personnage d'un réalisateur invité à présenter l'un de ses films dans une petite ville, Lapid propose une exploration des liens que l'on entretient avec l'art (en tant que public ou créateur). Peut-on simplement consommer ou concevoir une œuvre dans le but d'échapper au réel ? Peut-on vraiment échapper au réel ou espérer le transformer à travers l’acte de création.
Ce combat entre réalité et fiction est soutenu par le combat interne du personnage principal lorsqu'on lui impose de choisir dans une liste de sujets à aborder lors de la discussion qui aura lieu après la projection de son film. C’est à l’extérieur de la salle de projection (le réalisateur déteste voir ses films) qu’on découvre l’étendue la complexité des effets de l'État sur sa population.
Sans jamais être lourd ou moralisateur, le film inscrit de manière presque ludique un tendre plaidoyer sur la nécessité de la création artistique et plus encore, de sa capacité à rejoindre tout type de public. La trame musicale, l’interprétation captivante de l’ensemble des comédiens, la structure narrative éclatée ainsi que les mouvements de caméra dynamique nous démontrent la maîtrise de la mise en scène.
Le genou d'Ahed est une œuvre saisissante qui ne cherche pas à imposer de vérité si ce n'est que l’acte de création est un risque qui ne devra pas reposer sur la répétition de schémas préétablis.

12 novembre 2021

★★½ | Boîte noire

★★½ | Boîte noire

Réalisation Yann Gozlan | Dans les salles le 12 octobre 2021 (TVA films)
Boîte noire, du réalisateur Yann Gozlan, prend plaisir à opposer l’urgence d’un écrasement d’avion à la minutie de l’enquêteur chargé de découvrir ce qui s’est réellement passé. Il en résulte un film au rythme lent qui nous tient en haleine du début à la fin. La mise en scène est à l’image du personnage principal incarné avec brio par Pierre Niney. L’acteur interprète avec nuance un antihéros qui, dans des circonstances bien nébuleuses, sera chargé d’une enquête. Il nous est présenté comme un être antisocial, quelque peu arrogant, frôlant peut-être les limites du génie, à la recherche bien malgré lui de la vérité absolue. Cette recherche de vérité, ou ce besoin obsessionnel d’avoir raison, sert bien le récit. Dans la tête du héros, la ligne est mince entre le besoin de justice et les théories du complot. En ce sens, le scénario brouille habilement les pistes, en multipliant les suspects et les causes de l’écrasement d’un avion dans les Alpes. La source audio de la boîte noire est endommagée. Cet extrait audio qui sera repris plusieurs fois durant le film nous laisse entrevoir une vérité sans jamais parvenir à l’atteindre.
En jouant sur une probable paranoïa et sur le passé trouble de notre enquêteur, la mise en scène à la structure classique s’appuie énormément sur le travail du son. On regarde, mais surtout on est attentif à l’environnement sonore. Le personnage principal est doté d’une faculté particulière ou d’une condition médicale (ce n’est jamais précisé): il peut déceler des fréquences sonores que le commun des mortels ne pourrait saisir. Il excelle dans son domaine. Nous restons donc à hauteur (ou à oreille) du personnage principal qui s'enlise graduellement dans les multiples causes probables de l’écrasement.
Avec un film d’une durée d’un peu plus de deux heures, le dernier acte est toutefois décevant. Après avoir pris tout ce temps pour nous présenter une intrigue solide, on se précipite vers la finale à la vitesse de l’éclair. On boucle toutes les boucles et on finit par découvrir toute la vérité et encore plus. Il est dommage de constater que le film ne nous permet pas de tirer nos propres conclusions. La justice et la droiture finiront par l’emporter. Cela n’empêche pas de bouder son plaisir. Boîte noire demeure une œuvre divertissante qu’on prend plaisir à regarder et surtout à écouter.

9 juillet 2021

★★★ | Mandibules

★★★ | Mandibules

Réalisateur: Quentin Dupieux | Dans les salles du Québec le 9 juillet 2021 (Axia Films)
Quentin Dupieux nous offre un film sans véritable drame, presque sans histoire, où deux amis avancent au gré du vent ou de la route dans le but d’accomplir une mystérieuse quête. Sans artifices, nous suivons donc deux hommes qui semblent en apparence être des simples d’esprit. Accompagnés de leur animal de compagnie, une mouche géante qu’ils tenteront de dresser, ils se retrouveront plongés dans des situations aussi banales qu’insolites. Le réalisateur de Au poste signe à nouveau une œuvre à l’humour absurde. Une fois que l’on accepte la logique non rationnelle et quelque peu douteuse des personnages principaux, on passe assurément un bon moment de cinéma. L'interprétation du duo de comédiens David Marsais et Grégoire Ludig y est pour beaucoup. Ils embrassent complétement l’univers décalé du réalisateur.
On pourra d’ailleurs souligner l’hilarante performance d’Adèle Exarchopoulos qui s’époumone avec passion. Au final, Mandibules n’est probablement pas une œuvre qui marquera l’histoire du cinéma. Dupieux ne prétend pas résoudre de grands questionnements existentiels ou de nous révéler les mystères de la condition humaine. Cependant, le film s’inscrit avec cohérence dans le parcours d’un cinéaste hors du commun qui a su créer à travers chaque film de grands moments de cinéma.

12 mars 2021

★★★½ | La nuit des rois

★★★½ | La nuit des rois

Réalisation : Philippe Lacôte | Dans les salles du Québec le 12 mars 2021 (Axia films)
C’est dans un univers entre la réalité du milieu carcéral et les contes et légendes liés aux traditions ancestrales que le réalisateur Philippe Lacôte ancre son second long-métrage. Dans une prison d’Abidjan en Côte d’Ivoire, un monde sera détruit et rebâti durant une nuit de pleine lune rouge.
Avant la tombée du jour, un jeune homme fait son entrée dans l’endroit hostile. Il sera vite pris à partie par le grand chef qui le rebaptisera Roman. Malgré les dangers environnants, Roman devra raconter son histoire toute la nuit. Tous les prisonniers s’attroupent autour de lui. L’histoire va commencer.
Les mots et le langage libèrent. C’est à travers la parole que Roman s’évade de sa tragique réalité. De ce fait, la structure narrative du film est complètement en phase avec les habiletés de conteur du protagoniste. Il le dira d’entrée de jeu. Il ne sait pas raconter. Il en résulte un récit qui fait fi des structures narratives classiques. L’histoire racontée ne sera pas linéaire.
Roman fait des allers et retours dans le temps. On comprend graduellement que l’histoire de la légende qu’il tente de raconter se mêle à la sienne. Finalement, tout ceci a peu d’importance, car ce manque de cohérence dans la manière de conter cette histoire est l’une des plus grandes forces du film. Comme spectateur, on se laisse simplement porter par la parole et par les images qui nous dévoilent un splendide territoire et des personnages héroïques. Tout comme les prisonniers qui réagissent vivement à chaque mouvement narratif, on devient investi autant par le récit morcelé que par le sort de Roman. Parviendra-t-il à survivre à la nuit ?
Aidé d’un scénario lyrique, d’une solide distribution d’acteurs, d’une direction de la photographie soignée et d’un montage sensible, Philippe Lacôte livre un film singulier qui nous rappelle qu’au bout de chaque nuit, le jour se lève.

2 septembre 2020

Fantasia 2020 | ★★★ | Perdida

Fantasia 2020 | ★★★ | Perdida

Réalisation : Jorge Michel Grau
Perdida possède tous les éléments d’un bon thriller. De belles personnes (selon les standards de l’industrie), des triangles amoureux (pourquoi se limiter à un) ainsi qu’une mystérieuse intrigue à résoudre. Du jour au lendemain, la femme d’un chef d’orchestre disparaît sans laisser de trace. S’agirait-il d’un meurtre ? Hanterait-elle la maison dans laquelle vivent toujours son mari et sa toute nouvelle conquête ? S’ensuivra un véritable jeu de miroirs entre un passé pas si lointain (la disparition remonte à dix jours) et le présent (de plus en plus inquiétant). Le film tient en haleine en jouant sur ses multiples suppositions.
De plus, il est intéressant de constater la déviation du récit qui débute avec l’histoire d’un homme infidèle, imbu de lui-même, obsédé par son métier. Alors qu’on pourrait croire que le film est centré autour ce personnage, ce sont les femmes de sa vie qui occupent l’espace. Entre sa femme disparue, celle plus jeune qui vit désormais avec lui et le spectre d’une maîtresse (qui n’est jamais très loin), Perdida manque une belle occasion de rendre justice à la complexité de ses personnages féminins. Quelques précisions scénaristiques autour du dialogue impossible entre ces trois femmes (trahies par le même homme) auraient été bénéfiques. De plus, le film ne fait pas honneur à ces femmes qui subissent même lorsqu’il est trop tard. Lorsqu’il faudrait se battre et confronter. 
Il y a également une dimension politique sous-exploitée (les personnages vivent dans l’ancienne maison d’un homme d’État) qui au final ne sert à rien. Perdida demeure un thriller efficace à voir ne serait-ce que pour l’utilisation habile de l’imagerie soignée et de la musique. Un film à regarder et à écouter.
Fantasia 2020 | ★★★ | Lapsis

Fantasia 2020 | ★★★ | Lapsis

Réalisation : Noah Hutton
Lapsis, du réalisateur américain Noah Hutton, se situe dans un futur proche où la technologie contrôle désormais toutes les sphères de la vie en société. Sous le prétexte d’assurer une meilleure qualité de vie (majoritairement économique), la technologie quantum permet à des gens ordinaires d’amasser de l’argent rapidement. C’est avec cette prémisse que le réalisateur nous présente son protagoniste, un homme d’un certain âge un peu vieux jeu, qui s’oppose à toute forme d’avancée technologique. Convaincu qu’on ne peut pas faire confiance au quantum, il exprime ses opinions tranchées à qui veut l’entendre. Sa situation financière précaire le force à reconsidérer son aversion. Il ne manquera pas d’aviser tous ceux qui croiseront sa route que malgré son mépris pour le quantum, la fin justifie les moyens.
Malgré une entrée en matière quelque peu laborieuse où on assiste à un cours 101 sur le Quantum à travers divers procédés de transmission d’informations (radio, télévision, etc.), le film parvient toutefois à se défaire de cet aspect didactique pour nous plonger dans une histoire plus nuancée (moins basée sur la logique). Lapsis n’est pas un film à la recherche de sens malgré le caractère informatif des personnages secondaires. Les travailleurs qui parcourent des terrains boisés afin de brancher des câbles à des connecteurs ne sont que des outils servant la technologie. On en sait peu sur eux. Ils ne font que parler du travail, des règles strictes à suivre, de la surveillance constante, des points accumulés, de l’argent à faire, des robots qu’il faut toujours dépasser.
À travers les yeux du personnage principal qui semble toujours en retard ou perdu dans le moment présent, Lapsis peut sembler confus. Toutefois, les quelques points de repère nous permettent en tant que spectateur d’accepter ces pertes de sens. Si l’on accepte de ne pas tout saisir et que certains éléments sont contradictoires, le film se transforme en un objet charmant et sans prétention.
Fantasia 2020 | ★★ | Survival Skills

Fantasia 2020 | ★★ | Survival Skills

Réalisation : Quinn Armstrong
Survival Skills débute comme un vidéo de formation sur le métier de policier tout droit sorti des années 80. D’emblée, la qualité visuelle (de type VHS) ainsi que l’implacabilité du narrateur (interprété avec brio par Stacey Keach) donnent le ton. À travers une série de mise en situation où est placée une jeune recrue du corps policier (Vayu O’Donnell), les procédures du département sont passées au peigne fin. Passionné par son métier et ce qu’il représente pour sa communauté, le jeune policier zélé est désireux de respecter les consignes à la lettre.
C’est lors d’un appel pour violence conjugale que la vision du cadet bascule. À partir d’un personnage assez candide, le réalisateur déconstruit le mythe de la loi et l’ordre. Au sein même du corps policier, le novice rencontrera plusieurs obstacles, notamment de la part de ses collègues et du narrateur (mécontent de ses faiblesses). La remise en question du rôle de policier et l’application du pouvoir lié à la fonction provoquent un changement du dispositif narratif. Le tout ne se fait pas sans heurt. On passe d’un vidéo de formation à la fiction, puis au documentaire en effectuant de constant va et viens.
En quête d’humanisation du personnage principal (un bon policier en phase avec ses émotions), le film ne parvient pas à convaincre. Le système qui encadre le corps policier est à revoir, le blâme ne revient pas nécessairement aux agents qui font de leur mieux. À ce raisonnement, on peut ajouter un narrateur prenant conscience sous nos yeux de son rôle en révélant ce qu’on sait déjà depuis le début. Tout ceci n’est que mise en scène. Rien n’est vrai. C’est à travers la recherche d’un propos nuancé sur le métier de policier, peut-être liée à son manque d’une prise de position, que Survival Skills se transforme en un rendez-vous manqué.

30 août 2020

Fantasia 2020 | ★★½ | The Columnist (De kuthoer)

Fantasia 2020 | ★★½ | The Columnist (De kuthoer)

Réalisation : Ivo Van Aart
The Columnist propose une incursion sur les répercussions liées aux dérapages qui surviennent sur les réseaux sociaux. Dans le film, l’auteure d’une chronique dans un blogue reçoit de virulentes critiques, aussi bien en commentaire de son article que sur compte personnel Twitter. Ces messages sont à la fois choquants et perturbants. Malheureusement, cette humiliation sur la place publique nous ramène à notre quotidien. Combien de fois avons pu lire des messages dégradants et gratuits sur les réseaux sociaux.
La phrase que répète l’auteure tout au long du film est quelque peu simpliste : « Nous pouvons avoir des opinions différentes tout en restants gentils. » Simpliste, mais vraie. Au lieu de sombrer dans la dépression (ou pour éviter d’y sombrer), elle décide de prendre les choses en mains et d’aller à la rencontre de ses détracteurs. Les conséquences seront tragiques.
À la recherche du tragi-comique, le film ne réussit pas totalement à trouver le ton juste. Il semble hésiter entre la comédie appuyée (aussi bien dans la direction d'acteurs que dans les autres choix artistiques, notamment au niveau de la musique, beaucoup trop ludique) et l’aspect un peu plus gore. Tout comme le personnage principal, on ne sait jamais si on doit en rire ou en pleurer… Mais c’est peut-être justement cette impression de malaise que le réalisateur souhaite transmettre au spectateur.
The Columnist met en scène une femme qui choisit de riposter (de manière très violente) contre les attaques qu’elle a subies. Pour elle, les mots virulents et cruels écrits par d’autres ont un effet dévastateur. Malgré ses défauts, le film permet une réflexion pertinente sur une femme dont la vie gravite autour de l’écriture et qui sait à quel point chaque mot est important.
Au final, la parole ne pourra pas la sauver.
Fantasia 2020 | ★★★ | My Punch-Drunk Boxer (판소리 복서)

Fantasia 2020 | ★★★ | My Punch-Drunk Boxer (판소리 복서)

Réalisation: Jung Hyuk-ki
Un jeune homme introverti et passionné par la boxe décide qu’à 29 ans, il est grand temps de se consacrer à sa passion. Avec l’aide d’un entraîneur (qui est plus ou moins motivé à l’entraîner) et d’une jeune femme qui partage son intérêt (en plus de jouer du tambour), il partira à la conquête du monde de la boxe.
Construit comme de nombreux films baignant dans un univers sportif, le personnage principal (un perdant déterminé) devra tracer sa voie vers le chemin de la victoire. Cette histoire de persévérance est déjà vue, et on la reverra certainement dans d’autres films, mais le film de Jung Hyuk-ki se démarque par ses choix de mise en scène, son utilisation de la musique (notamment avec des chansons humoristiques qui narrent certains moments où états émotifs du personnage principal), le rythme soutenu (structuré comme une pièce musicale) ainsi que le scénario habilement ficelé.
My Punch-Drunk Boxer est une comédie rafraîchissante aux dialogues savoureux livrés par des comédiens hors pair. La qualité du scénario est indéniable sans toutefois offrir de rebondissement ou surprise majeure. Le réalisateur réussit ainsi un tour de force en offrant à son public une résolution prévisible qui ne nuit en rien à une œuvre nuancée et d’une grande sensibilité.

31 mai 2020

★★★ | Brumes d'Islande / A White, White Day (Hvítur, hvítur dagur)

★★★ | Brumes d'Islande / A White, White Day (Hvítur, hvítur dagur)

Réalisation : Hlynur Palmason | En VSD au Québec à partir du 29 mai 2020 (Cinéma Moderne)
Film d’enquête, film de famille et film de possibles fantômes, Brumes d'Islande fascine par son formalisme et la beauté du paysage islandais. Une route envahie par la brume. Une voiture qui disparaît. À travers la brume, entre le monde des vivants et celui des morts, le film de Hlynur Palmason explore de manière délicate les complexités du deuil. En suivant la construction de sa maison par un homme veuf (également policier), le film nous expose parallèlement une structure émotionnelle fragilisée par la perte d’un être cher. En apparence, tout semble sous contrôle. Cependant, derrière la tristesse et le vide laissé par la mort de sa femme, le policier en arrêt de travail ne peut s’empêcher de vouloir des réponses sur la mort de sa femme. Qui était-elle vraiment ?
Enquêtant dans le plus grand secret de ses collègues et de sa famille, il observe discrètement la vie d’un homme du village qui aurait peut-être eu une aventure avec sa femme. C’est également dans cette pratique d’observation que le réalisateur place son regard. Malgré le drame que vit le personnage, la mise en scène (qui pourrait paraître froide) garde une certaine distance pour nous permettre d’être plus à l’écoute (à la fois des personnages et de l’excellente trame sonore qui ajoute au mystère). Sans trop d’effets, le film nous dévoile les petits faits étranges de la vie.
Si n’y a qu’un mystère qui sera vraiment résolu dans le film, c’est que l’amour demeure malgré la mort. Palmason nous rappelle que c’est aussi au cinéma que l’on peut prendre le pouls de sa vie. En observant d’autres que nous, on peut s’interroger sur notre rapport à la vie et ce que représente le fait d’être vivant. Au-delà des prix, des festivals, et autres prestiges de l’industrie, le bon cinéma nous offre ça.

17 mai 2020

★★★ | Alice

★★★ | Alice

Réalisation : Josephine Mackerras | En VSD au Québec à partir du 15 mai 2020  (Cinéma du Parc)
Alice, premier long métrage de Josephine Mackerras, débute dans une bulle. Une bulle familiale à l’apparence idyllique. Un couple amoureux, parents d’un charmant petit garçon. Cependant, sous la surface, une tension que l’on ne peut nommer et dont on ne connaît pas encore les implications, gronde sans relâche. Par cette introduction somme toute très courte, la mise en scène sans effets de style de Mackerras, aidé du jeu nuancé des comédiens, parvient à captiver par sa simplicité. Les petits moments, les failles entre les deux parents ne laissent pas présager le mur qu’ils vont tous frapper.
Mackerras porte un regard lucide sur les doubles standards de la société et de la perfection imposée aux femmes (encore plus aux mères). Face à la rigidité du système économique, Alice est forcée de trouver une solution rapide si elle ne veut pas se retrouver à la rue. Elle se tournera donc vers la prostitution, métier qui aurait causé l’implosion de son mariage ainsi que sa ruine financière. Si on fait abstraction des raisons qui poussent le personnage féminin à vendre son corps pour de l’argent (car il y a toujours moyen de justifier ses actions), la position du personnage demeure la plus intéressante. Il n’est pas question de honte ou de culpabilité. Pour elle, il s’agit d’un acte transactionnel qui lui permettra de sauver sa maison et d’assurer une stabilité à son fils. Ce n’est que la menace du jugement des autres sur sa respectabilité et sa capacité à être une bonne mère qui la pousseront à se remettre en question.
Le film nous présente une des facettes du milieu de la prostitution somme toute assez doux (clients de luxe, polis et respectables). Ce n’est finalement qu’un prétexte pour aborder la reprise du contrôle féminin. Tout d’abord sur le corps, mais également sur les attentes impossibles qui nous sont inculquées dès l’enfance. Malgré un troisième acte qui s’affaire à boucler toutes les boucles afin de nous offrir une finale lumineuse et optimiste, Alice demeure un premier film qui laisse présager une belle carrière à sa réalisatrice.

13 mars 2020

★★½ | Wendy

★★½ | Wendy

Réalisation : Benh Zeitlin | Dans les salles du Québec le 13 mars 2020 (Fox Searchlight)
Les attentes pour le second long métrage du réalisateur de Beasts of the Southern Wild étaient très élevées. S’attaquant à l’univers de Peter Pan, Benh Zeitlin retrouve en quelque sorte le monde de l’enfance qu’il avait exploré dans son précédent film. Ici, son personnage principal est Wendy, une jeune fille rêveuse et débordante d’imagination. Elle a la certitude que sa vie banale ne peut être une finalité. Elle ne peut pas grandir et par conséquent devenir adulte comme sa mère, serveuse sans réel avenir. Pour elle, il existe autre chose. Un ailleurs teinté de magie et de liberté se révèle doucement le soir venu. Un enfant du quartier disparaît. Ce train qu’on entend arriver la nuit venue mènerait-il à une vie meilleure ?
Zeitlin qui signe le scénario avec Eliza Zeitlin (sa sœur) avait en main plusieurs éléments pour laisser respirer son récit. Les séquences sur l’île mystérieuse où les enfants font la loi et l’ordre sont fabuleuses. Malgré une orchestration musicale trop soutenue, les mouvements de caméra ainsi que le montage sont aussi libres que les protagonistes. Wendy, Peter Pan et le reste du groupe des enfants refusent de vieillir et l’antidote à la vieillesse est le courage. Ce courage se retrouve dans certains moments de mise en scène ainsi que dans la direction d’acteurs des jeunes comédiens. Le jeu est parfois inégal, imparfait et ce sont ces imperfections qui font le charme du film.
Le réalisateur oppose à la liberté de l’enfance la structure du monde adulte (et en quelque sorte sa logique). La vie adulte est grise, lourde et sans issue... mais le tout nous est démontré avec tant d’insistance qu’on est à se demander si, en plus des images évocatrices, d’une narration et de la musique, on ne va pas voir apparaître à l’écran les phrases : « C’est dur d’être un adulte. Voici à quoi ressemblera ta vie. Sauve-toi ! »
Wendy nous laisse un peu sur notre faim avec une finale aussi lourde de sens que son entrée en matière. On pourra se consoler en se rappelant qu’entre le début et la fin nous avons assister à des moments de pure magie.

10 janvier 2020

★★½ | Synonymes

★★½ | Synonymes

Réalisation : Nadav Lapid | Dans les salles du Québec le 10 janvier 2020 (Cinéma du Parc)
Film récipiendaire de l’Ours d’or à la dernière édition du festival de Berlin, Synonymes met en scène l’histoire d’un jeune immigrant israélien qui tente de se réinventer à Paris. C’est sous le signe de la réinvention, que Yoav (Tom Mercier) reniera en quelque sorte sa patrie (coupable de tous les maux) afin de plonger corps et âme dans la culture française. Aidé par ses deux nouveaux amis parisiens ainsi que par ses leçons de français, le processus d’intégration ne se fera pas sans heurt.
Le sujet de l’étranger, cet autre vivant malgré lui un puissant choc culturel, n’est pas nouveau. Cependant, le réalisateur parvient à échapper au piège du misérabilisme en insufflant une bonne dose d’humour à son scénario. Si la situation de départ semble inspirer le malheur, l’arrivée de Yoav à la terre promise (Paris serait la sienne) est pour lui une renaissance. C’est avec le langage, le sens que l’on donne aux choses (ou le sens qu’on voudrait qu’elles aient) que le personnage principal redécouvre son goût de vivre.
Synonymes permet le rire et la réflexion quant à l’idéal national et aux idées préconçues. Plus Yoav avance dans son périple, plus il comprend que la France n’est peut-être pas une oasis au milieu du désert. Il s’agit là de la plus grande réussite du film dont le discours perd cependant en force en raison de la lourdeur de certains choix de mise en scène. Il y a quelque chose de forcé, notamment dans le jeu des comédiens (que l’on pourrait presque prendre pour de la prétention). Toutefois, le film fait le pari de confronter le manque de nuances dans les croyances de son personnage principal (France/paradis - Israël/enfer sur terre) aux complexités de la réalité. Au final, le sentiment d’appartenance et le désir viscéral de trouver sa place ne se situent pas toujours là où on le croit.

13 décembre 2019

★★ ½ | Richard Jewell (Le cas Richard Jewell)

★★ ½ | Richard Jewell (Le cas Richard Jewell)

Réalisation : Clint Eastwood | Dans les salles du Québec le 13 décembre 2019 (Warner Bros.)
Critique acerbe de l'univers médiatique et des abus de pouvoir du gouvernement américain, Richard Jewell est un film qui expose la rapide ascension d'un bon samaritain au statut de héros ainsi que sa chute brutale avec l'étiquette de criminel. Réalisé par Clint Eastwood, le film prend le parti de raconter, du point de vue du présumé coupable, l'histoire vraie d'un gardien de sécurité ayant découvert un colis suspect lors des Jeux olympiques d'Atlanta de 1996. Sa rapidité à aviser les autorités en place permettra de sauver plusieurs vies. Cependant, pour le FBI, il deviendra le suspect numéro. S'ensuivra un cirque médiatique qui détruira tout sur son passage.
On pourra louer la prise de position du réalisateur et du scénariste. Tout en défendant le personnage de Jewell, il le définit comme un homme problématique, un homme au cercle social restreint, vivant chez sa mère, obsédé par les notions de la loi et l'ordre. Le but de son existence est de faire carrière dans les forces de l'ordre. Ce sont ses particularités, sa singularité en marge de la société qui feront de lui le parfait bouc émissaire.
La mise en scène du réalisateur, ainsi que l'interprétation sensible de Paul Walter Hauser, forment une combinaison gagnante. Après tout, le film nous propose l'histoire d'un homme un peu banal et étrange qui se fait engloutir par une suite d'événements qui le dépassent. Sans trop d'artifices ou d'effets cherchant à accentuer la tension dramatique ou orienter l'émotion, la mise en scène se calque au personnage principal. Jewell ne saisit pas tous les codes sociaux, il semble en constant décalage avec ses interlocuteurs et pourtant, il possède un aspect très humain dans lequel on pourrait peut-être se reconnaître. Cependant, le film bat de l'aile dans sa caractérisation des autres protagonistes. Les médias, personnifiés par une seule journaliste (qui semble être la seule dans la ville d'Atlanta), n'ont pas de sens moral, prêts à tout pour obtenir une primeur. Le FBI n'est qu'un bloc monolithique qui agit comme une force brute. Le problème n'est pas tant dans la critique, car on ne peut nier les problèmes flagrants liés à l'abus de pouvoir. Toutefois, on pourra dénoter de nombreux raccourcis au niveau de l'écriture en seconde moitié (l'enquête pour prouver l'innocence du personnage qui dure le temps d'une marche vers une cabine téléphonique ; la démonstration que la journaliste a finalement un cœur ; la finale qui laisse perplexe).
Malgré ses défauts, Richard Jewell fait écho au climat de névrose médiatique qui nous entoure encore aujourd'hui. Il est dommage de constater qu'il ne va pas au bout de ses idées.