Charles Olivier Michaud et Snow and Ashes

12 septembre 2011

Avant de réaliser un film de commande pour ado (Sur le rythme, lire notre entrevue), le jeune et talentueux Charles-Olivier Michaud avait réalisé un film beaucoup plus personnel : Snow and Ashes (Neige et cendres). Après une impressionnante tournée des festivals et de nombreux prix glanés ici et là, ce premier film fort remarqué sort enfin dans les salles.
Cette actualité nous donne l'occasion de revenir sur l’entretien accordé par le réalisateur à Jean-Marie Lanlo en mars 2011.

Son parcours
Charles-Olivier Michaud a toujours voulu faire du cinéma : « Quand j’étais jeune, j’avais toujours une caméra avec moi et je faisais des films avec des amis. » Pourtant, au moment de choisir son orientation universitaire, ses parents lui donnent le conseil suivant : « Au lieu d’étudier en cinéma tout de suite et de sortir à vingt ans avec un diplôme, fais autre chose, acquiers de l’expérience, et si un jour tu en as encore envie, tu feras du cinéma». Il les a écouté et a étudié en administration et en affaires à l’Université Laval, puis a travaillé en affaires internationales à Singapour, au Luxembourg, en Espagne, en Italie et aux États-Unis. Mais à l’âge de 26 ans, le premier avril 2006, il plaque tout et s'inscrit à la Los Angeles Film School. Après ses études, il rentre au Québec et imagine Snow and Ashes en allant prendre une marche avec son chien : «  En voyant une rivière, j’ai pensé que ça serait cool de faire une scène dans une rivière. Je me suis dit « deux journalistes partent, un seul revient… qu’est-ce qui se passe? » J’ai écrit le scénario et cinq mois plus tard, on était en tournage. »

Snow and Ashes
Charles-Olivier Michaud définit son premier film comme un western postmoderne qui se passe aujourd’hui quelque part en Europe de l’Est : « C’est un western postmoderne dramatique, un film de guerre intime, un huis-clos de guerre… je ne sais pas. C’est un film qui sort de mes tripes. C’était un scénario en images. J’écrivais des images que je voulais voir. Je me suis arrangé pour montrer le plus possible. Le silence nous force à montrer. Le cinéma est un art visuel, alors je voulais montrer. » Au-delà des images, il y a tout de même une construction assez complexe sur trois niveaux de narration. Si cela représente une prise de risque évidente pour un premier scénario, Charles-Olivier Michaud n'a pourtant eu aucun doute au moment de l'écriture : « Mon cerveau marche comme ça ! Je fais toujours plein de choses à la fois, alors pour moi, en écrivant le scénario, c’était naturel d’avoir ces trois niveaux-là. Au début, il y avait même plus de personnages, plus de niveaux, plus d’histoires… et ça c’est canalisé, c’est devenu ça. »

Une petite équipe
Le film a été réalisé avec peu de moyen et une petite équipe, mais tous ont suivi Charles-Olivier Michaud : « Mes partenaires producteurs ont embarqué dans ma folie. Les acteurs ont embarqué dans ma folie. Faire un film, c’est faire la guerre parce qu’on ne sait pas ce qu’on fait, on s’en va dans un territoire inconnu. » Il considère que cet univers de guerre a favorisé le rapprochement des membres de l'équipe et leur implication dans le projet : « On n’avait pas le choix car on n’avait rien d’autre. On avait le monde, mais on n’avait pas les jouets qu’on a normalement au cinéma. On n’avait pas de technique très élaborée, (…) il fallait que les gens embarquent le plus possible, et ils l’ont fait. »

Un petit budget
Pour Charles-Olivier Michaud, un budget limité représente deux types de contraintes. La première concerne le scénario : « J’imaginais les scènes par rapport aux endroits où je savais que je pourrais faire le film. L’écriture est donc très influencée par les lieux que je connaissais. » L'autre contrainte concerne le temps et les ressources : « Avec le directeur photo, Jean-François Lord, qui est extraordinaire, on s’est donné des règles qu’il ne fallait pas briser pendant le tournage. On a tourné avec trois lentilles. On prenait toujours les mêmes. On ne voulait pas prendre une longue focale pour faire un beau plan car nos règles étaient établies. »

Jean-François Lord
Charles-Olivier Michaud n'avait jamais travaillé avec Jean-François Lord, mais avait apprécié son travail sur Horloge biologique ou Capitalisme sentimental. « Quand on s’est rencontrés, je lui ai dit que la photo était très importante, car tous les effets qui sont dans le film étaient écrits dans le scénario. Il fallait que je me fie à ses capacités techniques, et lui devait se fier à moi, à ce que je voulais. Il fallait qu’on soit très proche. (…) Le film est entièrement à l’épaule, trois lentilles, deux formats (en super 16mm pour la guerre, en Red pour les scènes du présent). J’étais toujours à côté de lui quand il filmait, car nous n’avions pas assez d’argent pour avoir des moniteurs ! Une chimie s’est développée entre lui et moi, il y avait une façon très organique de travailler, et les acteurs ont beaucoup aimé ça. »

Le film trouvera le chemin des salles le 16 septembre 2011. Un conseil : ne passez pas à côté !
 

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