Le paradis des bêtes **½

14 septembre 2012

Dominique (Stefano Cassetti), possessif et violent, vit avec sa femme (Géraldine Pailhas) et leurs deux enfants (Klingberg Valentine et Léon Brachet). Un soir, à l’occasion d’une nouvelle crise, il va plus loin que d’habitude. Sa femme décide alors de le quitter en emmenant les enfants, mais Dominique retrouve leur trace et s’enfuit à son tour avec eux.

Réalisatrice: Estelle Larrivaz | Dans les salles du Québec le 14 septembre 2012 (Axia Films)

Après 20 ans de carrière, il est fort probable que l’actrice française Estelle Larrivaz commence à se faire vraiment un nom... en passant à la mise en scène. Que les choses soient claires: le titre de son premier film (Le paradis des bêtes) est nul, mais cela ne l’empêche pas de posséder de belles qualités. Pour commencer, le personnage du père est particulièrement intéressant et dépeint avec justesse: il fait facilement illusion lorsqu’on le connaît peu mais est en réalité lâche, n’existe que par (et pour) l’apparence, finit probablement par croire en ses mensonges (ce qui lui permet de justifier ses actes), serait pitoyable s’il n’était pas aussi méprisable... mais aime sincèrement ses enfants (qui sont probablement les seules personnes auprès de qui il peut faire illusion de manière durable). Créer un personnage aussi complexe avec une telle justesse dans un premier film est rare, et cela force le respect. Mais Estelle Larrivaz ne s’arrête pas là. Le regard qu’elle porte sur ces enfants vivant une situation qu’ils ne comprennent pas complètement est tout aussi réussi. La manière dont elle rend douloureux leur tiraillement entre leur amour pour ce père lamentable et la certitude qu’il n’est pas à la hauteur du modèle qu’il devrait être est également plein de justesse et de retenue. Malheureusement, de grosses faiblesses viennent noircir le tableau.
La première était difficile à éviter, tant la direction d’un enfant est un art délicat. Estelle Larrivaz s’en sort de manière assez laborieuse (la comparaison avec Tomboy, qui mettait aussi en scène des enfants, est même assez douloureuse!). La deuxième grosse faiblesse est d’autant plus regrettable qu’elle semble superflue. Pourquoi, en effet, Estelle Larrivaz a-t-elle voulu ajouter un voile de thriller à son drame familial ? L’idée, en soit, aurait pu être intéressante. Mais cette envie de nous entraîner hors du drame pur, se comprend mal en raison d’un gros manque de conviction et de facilités scénaristiques regrettables.
Lorsqu’on traite avec finesse un sujet, pourquoi lui adjoindre une couche inutile (voire mal maîtrisée)? Envie d’en dire trop pour se rassurer? Volonté d’en raconter plus pour captiver le public? La réponse est incertaine, mais espérons qu’à l’avenir, Estelle Larrivaz gardera suffisamment confiance en son talent d’observatrice de la complexité des êtres pour ne pas s’embarquer dans des développements qu’elle maîtrise moins.
 

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