Gabrielle ***

20 septembre 2013

Gabrielle (Gabrielle Marion-Rivard), une jeune femme atteinte du Syndrome de Williams, partage sa vie entre le foyer dans lequel elle réside et son activité dans la chorale “Les muses de Montréal”. Elle y rencontre un autre handicapé ayant la même maladie qu’elle et en tombe amoureuse. Mais la mère de l’être aimé ne voit pas cette idylle d’un bon œil.

Réalisatrice: Louise Archambault | Dans les salles du Québec le 20 septembre 2013 (Les Films Séville)

Auréolé d’un succès au prestigieux Festival de Locarno (où le film a obtenu le prix du public), Gabrielle, deuxième film de Louise Archambault, arrive enfin sur les écrans québécois. Pour traiter ce sujet très risqué, la réalisatrice choisit de prendre son sujet à bras le corps et de nous immerger dans l’univers de son héroïne. Nous sommes avec elle dans le foyer ou elle côtoie d’autres résidents atteints de troubles divers, nous la suivons dans sa chorale (véritable bulle d’air qui donne également au film ses instants les plus émouvants) et surtout (c’est l’élément déclencheur des velléités d’indépendance de l’héroïne), nous la voyons tomber amoureuse d’un de ses camarades de chorale (Alexandre Landry). Pour mener à bien sa tâche immersive, Louise Archambaud a su s’entourer d’un casting parfait composé de vrais malades épaulés par des second rôles globalement solides (Alexandre Landry, qui ne tombe pas dans le piège de la caricature; Vincent-Guillaume Otis, bien plus convaincant que dans Babine; Benoît Gouin, bien plus convaincant que dans Lac Mystère; Isabelle Vincent, fidèle à elle même). Elle a surtout eu l’excellente idée de faire appel à Mathieu Laverdière, dont nous parlons régulièrement ici et qui est décidément un des grands directeurs photo du Québec. Sa caméra à l’épaule est particulièrement vive et mobile mais toujours parfaitement lisible. Ses images nous permettent ainsi de ressentir le bouleversement de la vie de Gabrielle sans être pour autant brouillonnes ou indéchiffrables. De plus, Louise Archambault sait renforcer des images simples mais débordantes de vie (une promenade à scooter) ou plus dramatiques (la naissance du sentiment amoureux, l’égarement dans Montréal) par un travail efficace sur la bande son.
Malheureusement, une ombre vient trop régulièrement assombrir le tableau. Si du point de vue de la mise en scène (de la direction d’acteurs aux choix visuels ou sonores), le film est une réussite, le constat est plus mitigé au niveau de l’écriture. Comme de trop nombreux scénaristes-cinéastes qui ne font pas assez confiance à la force de leurs images et de leur sujet, Louise Archambault a tendance à en mettre un peu trop, transformant ainsi certains aspects de son histoire en artifices dont la seule utilité semble être d’intéresser le spectateur (alors qu’au contraire, ils ne font que le distraire du vrai sujet et des personnages). L’envie d’indépendance et d’amour d’une déficiente, mise en évidence par le biais d’un portrait touchant, n’avait aucunement besoin de petits artifices scénaristiques.
Malgré ces importantes réserves qui en agaceront plus d’un, les qualités évoquées plus haut et l’amour / respect de Louise Archambault pour son personnage (qu’elle regarde comme une personne “normale”, là ou d’autres auraient fait le portrait de quelqu’un de “différent”) suffisent largement pour conseiller le visionnement de ce film imparfait.
 

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