Le Passé ***½

31 janvier 2014

Film vu dans le cadre du festival Cinemania 2013

Ahmad (Ali Mosaffa) quitte l’Iran pour revenir passer quelques jours en France et finaliser son divorce avec Marie (Bérénice Bejo). Il constate que celle-ci partage maintenant sa vie avec Samir (Tahar Rahim), qui semble être à l’origine des relations difficile qu’entretient Marie avec sa fille la plus âgée.

Réalisateur: Asghar Farhadi | Dans les salles du Québec le 31 janvier 2014 (Métropole Films Distribution)

Avec Le passé, Asghar Farhadi réalise son premier film hors d’Iran. Il ne connaît pas la culture française, ne parle pas la langue, mais parvient pourtant à filmer une famille française avec une justesse que pourrait lui envier nombre de réalisateurs hexagonaux. Heureusement, il ne se contente pas d’éviter le piège de l’étranger qui parle mal d’un environnement qu’il ne connaît pas mais nous livre un film passionnant. D’emblée, sa mise en scène (épaulée par l’excellente direction photo de Mahmoud Kalari, à qui l’on doit déjà celle d’Une séparation) nous plonge dans une ambiance de polar qui ne laisse planer aucun doute sur l'imminence de révélations dramatiques. Le retour en France de Ahmad pour finaliser un divorce sera en effet le catalyseur du retour à la surface de secrets enfouis et tus depuis trop longtemps. Après une mise en condition qui passe par la mise en scène, Farhadi peut développer un scénario brillamment écrit. Construit comme un écheveau composé d’événements souvent insignifiants ou banals (un adultère, une tache sur un vêtement, une main que l’on prend, une petite vengeance adolescente, etc.) il permet de porter un regard sur l’absurdité du mécanismes qui peuvent transformer une succession de petits rien en un drame terrible. Avec un sens de l’observation et une impressionnante capacité à restituer la complexité de l’âme humaine (les multitude facettes des personnages, leur rapport à la culpabilité, leur manière de faire face à leurs frustrations), il dresse à la fois le portrait de plusieurs individus et celui d’un groupe (la structure familiale élargie). De plus, le réalisateur est servi par des comédiens irréprochables (nous accordons une mention spéciale à Bérénice Béjo, prix d’interprétation lors du dernier festival de Cannes, qui parvient à passer de l’hystérie à la douleur retenue avec conviction).
Toutes ces qualités permettent à Asghar Farhadi de nous livrer un premier film hors d’Iran d’une grande qualité. Nous regretterons tout de même que le scénario finisse par perdre un peu de sa belle maîtrise pour montrer quelques signes d'essoufflement… insuffisants toutefois pour ne pas nous autoriser à considérer Le passé comme une belle réussite.
 

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